français

Découverte

Espéranto-Bourg-en-Bresse à la radio

Esperanto-Aktiv’ n° 68 – avril 2016

Informé d’une intéressante émission avec la poétesse syrienne Maram Al-Masri, nous avons tendu l’oreille. Et c’est par hasard qu’Esperanto-Aktiv’ a alors découvert les chroniques radiophoniques du trop discret club de Bourg-en-Bresse. Jean-François Schelcher répond à quelques questions.

Esperanto-Aktiv’ : Jeff, tu es sur Strasbourg. Alors comment est née cette collaboration avec le club de Bourg-en-Bresse ?

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Jean-François Schelcher : J’avais rencontré Jean-Louis Gayet lors d’une soirée d’Espéranto-Strasbourg. Il était alors président du club de Bourg et de passage dans ma ville.
Le club avait un problème de site internet. Comme je suis un peu cinglé, je lui ai dit :
« Ben, écoute, si tu veux, je veux bien t’aider à faire un nouveau site. »
Et c’est comme ça que je suis devenu webmestre du site du club de Bourg-en-Bresse.
J’ai aussi participé l’été dernier à leur stage international.
Et finalement j’ai aussi adhéré au club de Bourg.

EA : Le club de Bourg produit des chroniques radiodiffusées. Où peut-on les entendre ?

JFS : Elles sont diffusées sur la bande FM à Bourg par deux radios locales : Radio B, les Bonnes Ondes et RCF Pays de l’Ain, dans le cadre de l’émission Les langues se délient.
Elles durent environ 10 minutes. Les deux radios les diffusent tous les 15 jours, à des jours différents de la semaine, en alternance avec une émission de patoisants. Ainsi est parfaitement respectée cette idée que notre langue internationale permet d’aller de la meilleure manière vers l’autre, tout en respectant et même en fortifiant nos racines premières, ĉu ne ?
Le montage des émissions est assuré une année sur deux par chaque radio, pour répartir la charge de travail.
Les émissions sont aussi postées sur le site du club. Elles commencent donc à avoir une (petite) audience internationale, car parmi nos 83 abonnés, pas mal sont des eksterlandanoj (de Chine, de Corée, du Canada en particulier, plus bien sûr divers pays plus proches), dont quelques espérantistes « prestigieux » (par exemple le groupe de musique frison Kajto).

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EA : Depuis combien de temps ces émissions existent-elles ?

JFS : L’émission a commencé en septembre 2009, alors animée par Régis Fabre, Catherine Ratton et Pierre Thévenard.

EA : Combien y a-t-il d’éditions à ce jour ?

JFS : On en est à l’émission numéro 96. Il faut y ajouter 21 émissions « à part » qui forment un cours d’initiation à l’espéranto radiodiffusé. On en est donc normalement à 117 émissions (auxquelles il faut soustraire quelques trous existant dans la numérotation pour des raisons techniques, ce qui doit faire environ 110 émissions réelles).
Seule une partie des émissions est déjà archivée sur le site du club, notamment les émissions les plus récentes, qui sont postées sur le site immédiatement après leur passage en radio.
En fait, pour archiver totalement, et mettre à disposition confortablement les émissions plus anciennes, il me faudra encore certainement... quelques années !

EA : Quelles sont les thématiques abordées en général ?

JFS : Les thèmes sont :

  • Le rapport particulier et intime d’un individu avec l’espéranto ;
  • La vie dans d’autres pays ;
  • Les nouvelles de la Movado (par exemple : couverture du congrès de Lille, avec interview de Kajto ou d’Anjo Amika, mais aussi radio-trottoirs, etc.) ;
  • L’histoire de l’espéranto ;
  • La vie du club espérantiste de Bourg-en-Bresse ;
  • L’espéranto dans les manifestations locales.

EA : Comment vous faites-vous connaitre du public extérieur à l’Ain ?

JFS : Pour l’instant, on n’avait pas de réflexion bien définie à ce sujet, mais ça commence à venir. L’extension de notre audience se fait lentement, de manière naturelle, notamment par l’augmentation progressive des abonnés au site.
Notre défi actuel est l’espérantisation intégrale des émissions (voix off en espéranto pour les parties françaises d’origine). Quand il sera réalisé, nous pourrons intéresser davantage la communauté espérantophone internationale.
Et peut-être réfléchir à une promotion plus active de l’émission.
Aussi, chaque émission est accompagnée sur le site d’un résumé écrit attractif, en français et en espéranto.
Nous sommes bien conscients que nous n’aurons pas autant de moyens que certaines autres émissions de radio espérantistes. [NDLR : et pourquoi pas ?]
Nous savons que nos atouts sont la qualité, l’originalité, l’unicité, et ce terreau espérantiste local qui tout à la fois nous a fait naître, et dont nos sommes la voix.

EA : Qui est à la barre ? Comment fonctionne l’équipe de production ?

JFS : Ces dernières années Jean-Louis Gayet a beaucoup payé de sa personne pour réaliser cette émission. Cependant, il n’en a pas été l’initiateur, il s’agit vraiment d’un travail collectif. Par exemple, la série des 21 cours radiodiffusés a été élaborée par au moins 5 personnes, très régulièrement.
Et puis, bien sûr, il faut compter ceux qui donnent des coups de main pour traduire les textes, en premier lieu le président [du club de Bourg], Michel Fontaine, et les personnels des radios locales, qui mettent la main à la pâte (d’ailleurs l’une de ces personnes s’est mise à apprendre l’espéranto !). Et, il y a la « fourmilière espérantiste de Bourg » : Untel qui vient déclamer un poème en espéranto lors d’une manifestation culturelle locale, un deuxième qui le prend en photo, un autre en vidéo, le tout pour agrémenter la web-parution de l’émission.
L’organisation plurielle et collaborative des émissions est un objectif de plus en plus affirmé.
Il est parfois possible, dans le monde associatif, à un porteur de projet, à force d’abnégation et de talent, de créer de belles choses. Mais, quand l’initiateur, pour des raisons diverses, s’essouffle, c’est sa création aussi, bien souvent, qui commence à prendre l’eau.
Rien de tel à Bourg. Les individualités fortes et brillantes, elles existent, bien entendu. Mais elles jouent collectif, dans le cadre d’une tradition espérantiste locale bien ancrée. Seul ce collectif solidaire peut permettre de trouver l’énergie et les ressources pour produire dans la durée une telle émission de radio !
Aussi cette émission donne-t-elle à tous le fier témoignage que dans cette ville de Bourg, l’espéranto non seulement résiste, mais il se développe, se renouvelle, il est à l’offensive ; que notre langue internationale nous fait voyager et tisser des liens étroits jusqu’en Chine et en Corée, mais aussi qu’elle irrigue nos solidarités locales.

EA : Et toi dans tout ça ?

JFS : Eh bien, je donne un coup de main... Dans la ronde des générations espérantistes, chacun doit payer son écot solidaire, à la mesure de son talent, ĉu ne ?
Il y a plein des gens qui croient qu’apprendre l’espéranto est un truc ingrat d’idéaliste un peu attardé.
Franchement, ils n’ont rien compris du tout ! Ce qu’il y a de génial avec l’espéranto, c’est que tout ce que tu donnes t’es rendu. Alors, à part si tu cherches du fric, c’est Byzance : j’ai croisé, en même pas deux ans, dix fois plus de gens extraordinaires que pendant toute ma vie précédente, j’ai fait des rencontres merveilleuses.
L’espéranto, ça... te change juste la vie !
Alors, il faut bien avoir la reconnaissance du cœur, et... donner ce que tu peux à l’espéranto.

EA : Si l’espérantisation des émissions est atteinte, une collaboration avec Muzaiko pourrait-elle être envisagée ?

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JFS : Ah ben, écoute, on est tout modeste, hein ? Donc ça ne nous est même pas encore venu à l’esprit. Mais maintenant que tu en parles...
Il est certain que les émissions avec la poétesse syrienne Maram Al-Masri peuvent incroyablement intéresser les espérantistes de tout le Moyen-Orient (en particulier), et leur apporter un peu de réconfort, leur montrer qu’on pense à eux ici.
Le précédent entretien avec Maram est à réécouter sur le site de Bourg-en-Bresse. Dans la toute dernière chronique avec elle, il s’agit de lectures de poèmes, alternées en espéranto et en français.
Mais bon, c’est tout à fait pertinent, le français étant bien entendu encore souvent dans ces pays une langue des élites intellectuelles.
Si vraiment on insiste, on peut sûrement faire un montage spécial 100% espéranto
(mais bon « politiquement » parlant, ne serait-ce pas un peu dommage en l’occurrence ?).
Sinon, on est prêt à collaborer avec tout le monde, kompreneble.

EA : Dankon, Jeff.

JFS : Nedankinde, c’est nous !