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« Ho, tomboj de l’prapatroj », de Clelia CONTERNO GUGLIELMINETTI

Esperanto-Aktiv’ n° 67 – mars 2016

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C’est toujours un plaisir de découvrir un nouveau roman écrit en espéranto. Celui-ci vient de paraître, à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de son auteur, une femme (décédée en 1984), mais il a été écrit il y a une quarantaine d’années et sort donc presque d’une vieille malle, comme les lettres que découvrent trois cousins vers 1927 dans le grenier de leur grand-mère à Novare, en Piémont.

Il ne s’agit pourtant pas d’un roman épistolaire : la seconde des cousins, dont nous ignorerons le nom, née en 1915, est la narratrice. Aldo, de trois ans plus âgé, et la petite Luisa font aussi des commentaires quand ils découvrent certains modes de vie anciens.

Le cimetière n’est pas l’objet premier du livre. Le titre fait aussi écho à une expression de la chère grand-mère : Ho, vi infanoj (Oh ! vous, les enfants, qui n’avez connu que la grande ville). Il s’agit plutôt d’une quête des vies oubliées – cachées ? — des parents et grands-parents de la grand-mère Maria, à qui les enfants essaient aussi de poser des questions. Tout comme il s’était agi de retrouver la clé de la malle, ils se lancent dans la recherche d’énigmes, comme celle de la mort d’une certaine Margherita Andenna, née Grisotti, qu’une maladie de langueur (nehaltigebla langvoro) « enleva à l’amour de son mari et de sa fille » alors qu’elle n’était âgée que de 23 ans, en MDCCCLXIII : à l’époque, les fièvres puerpérales, les maladies étaient recouvertes d’un voile pudique.

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Sont exhumées d’abord, et assez longuement, les années 1860-63, au moment où rejoindre Garibaldi tente certains, où le royaume d’Italie va s’unifier en 1861, Turin devenant la capitale jusqu’en 1865, avant de céder ce rôle à Florence en 1865 puis à Rome en 1870. La vie dans la provinciale Novare est régie par des codes de décence, où l’on s’observe et agit en fonction du qu’en-dira-t-on, où les cancans vont bon train, alors qu’un couple est beaucoup plus libre à Turin, la capitale donc. Nous remontons les générations, et le héros principal, Gaudenzio, qui porte le nom du saint patron de la ville, voit ses amours contrariées — et il y a une référence à la grande œuvre incontournable d’Alessandro Manzoni Les Fiancés (I Promessi sposi, traduit en espéranto par Battista Cadei : La Gefianĉoj). Plus tard, il n’aura pas avec sa fille l’attitude qu’il attendait de son père quand il avait 20 ans et n’était pas majeur. Nous assistons aux différences de comportement des familles Andenna et Grisotti. Une généalogie en tête d’ouvrage nous aide à nous repérer dans les cinq générations, mais c’est clair de toute façon.

Clélia Conterno était très active en milieu espérantiste. Elle a écrit en italien et en espéranto. Deux de ses nouvelles qui sont absolument savoureuses se trouvent dans Trezoro, la esperanta novel-arto et 33 Rakontoj, tant ce sont des pièces d’anthologie. J’ai eu plaisir aussi à lire ce roman, à retrouver le contexte historique, et ai été très étonnée de voir que dans le Piémont d’alors, Margherita qui se lance dans la confection de gants en 1862, compte en francs.

Le livre a très bel aspect, mais diable, on attendait de Reinhard Haupenthal, l’éditeur, une plus grande traque des imperfections typographiques.

Anne Jausions

Le livre Ho, tomboj de l’prapatroj (174pp.) de Clelia CONTERNO GUGLIELMINETTI a été édité par les Editions ILTIS en 2015.

Pour vous le procurer, vous pouvez contacter Espéranto-France, butiko@esperanto-france.org.