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Découverte

Tournée de conférenciers - 1ère partie : en France

Esperanto-Aktiv’ n° 66 – février 2016

Esperanto-Aktiv’ s’intéresse ce mois-ci aux tournées de conférenciers organisées dans vos clubs locaux au nom d’Espéranto-France. Le responsable, Yves Nicolas, répond à nos questions.

Yves Nicolas

Esperanto-Aktiv’ : De quoi s’agit-il ?

Yves Nicolas : J’organise une tournée pour des espérantistes étrangers (mais cela pourrait être des francophones ou des Français) au nom d’Espéranto-France.

EA : Depuis quand ces tournées de conférenciers existent-elles en France ?

YN : Ces conférences existent depuis de nombreuses années. J’ai pris le relais en 2002, mais je me souviens de plusieurs conférenciers venus faire des tournées dans les années 1990 (de Lituanie, Lettonie, Pologne, Viet Nam, Chine, Bulgarie...). De 2002 à 2015, j’ai organisé 43 tournées pour 32 personnes venues de 18 pays. En 2016 viendront des conférenciers du Pakistan, de Suisse, presque certainement aussi du Daguestan. J’essayerai d’en organiser une autre à l’automne.

EA : Comment les conférenciers sont-ils choisis ?

YN : Certains se proposent. D’autres me sont conseillés ou bien j’en contacte par moi-même. Généralement j’échange avec Claude Nourmont et Aleks Kadar au sujet des projets. Nous visons des conférenciers de haut niveau, tant sur le plan linguistique que thématique.

EA : Comment les groupes hôtes sont-ils choisis ?

YN : Une fois que je me suis mis d’accord avec un futur conférencier, j’envoie l’information aux clubs que je connais. Les clubs intéressés se portent candidats. Ensuite, je les choisis en fonction de la durée de la tournée et de la distance entre les groupes, pour construire un circuit aussi optimal et rationnel que possible. Le choix est parfois difficile, lorsque se portent candidats 25 clubs répartis dans des régions très diverses pour une tournée de 2 semaines seulement ! (Cependant nous arrivons souvent à organiser une tournée de trois ou quatre semaines.) J’essaye aussi de choisir des clubs qui n’ont pas été choisis lors de la précédente tournée.

EA : Quelles sont les conditions pour les conférenciers et les groupes hôtes ?

YN : En principe, le conférencier paye son voyage depuis son pays jusqu’en France. Ensuite, les clubs assurent les frais de voyage en France, le gite et le couvert. La contribution financière se fait par péréquation : à la fin de la tournée, je calcule le cout moyen ; les groupes qui ont payé plus que la moyenne reçoivent une compensation financière et ceux qui ont payé moins complètent la différence.

Hori Jasuo - au sujet de Fukushima

EA : Quels problèmes peut-on éventuellement rencontrer ?

YN : Jusqu’ici, aucun problème grave n’est à déplorer. Les groupes font bien attention à se mettre d’accord entre eux sur les rendez-vous et respectent le calendrier et l’itinéraire. Parfois, un train est en retard ou raté par le conférencier. Les longues tournées sont souvent fatigantes, car le conférencier visite de nombreux clubs, qui par enthousiasme lui font faire trop de tourisme ou trop de repas au restaurant. Laisser le conférencier se reposer un peu dans un coin tranquille est largement conseillé !

EA : À quel public les conférences s’adressent-elles ?

YN : Les clubs décident seuls du programme local. Il dépend bien sûr de si le séjour dure sur un jour seulement ou plus (généralement, le conférencier reste deux nuits par groupe d’accueil). Le plus souvent, une conférence publique a lieu sur un thème générique, le plus souvent en relation avec le pays d’origine du conférencier, à condition que le club soit dans la capacité d’assurer l’interprétation sans embuche. Il s’agit donc d’une intervention en espéranto, mais rarement à propos de l’espéranto. Quelques clubs réussissent également à organiser des interventions dans des bibliothèques, des écoles, des lycées ou même à l’université ou en IUT. Lorsque le thème ne porte que sur l’Espérantie, le club ne fait pas de réclame publique pour la réunion. Il est quand même conseillé d’organiser des séances publiques pour faire de la propagande non pas POUR, mais PAR l’espéranto. La presse est généralement contactée afin d’obtenir d’elle des articles.

EA : Qu’est-ce qui fait qu’une tournée de conférences est vraiment réussie ?

YN : Le thème de la conférence très certainement, s’il s’agit d’un pays « exotique » ou s’il porte sur des problèmes politiques ou d’actualité. La qualité de l’interprétation est également très importante. La publicité aussi, et les liens avec les médias. Une collaboration et une préparation avec d’autres associations spécifiques pouvant collaborer pour l’organisation d’une conférence sur un sujet qui les intéresse (sur les droits de l’Homme, sur l’écologie, le Monde Diplomatique, etc.), mais ceci exige une sérieuse préparation (par internet) avec le futur conférencier au sujet du contenu thématique traité pour garantir que de telles collaborations se réitèrent.

Tournée de Trevor Steele

EA : Quelques exemples de tournées de conférences particulièrement réussies...

YN : La plupart des conférenciers sont vraiment talentueux et donnent de leur personne pour capter l’attention du public tant espérantiste que général. Selon moi, les conférences qui réussissent le mieux sont celles qui portent sur un problème actuel ou un thème politique. Par exemple, Hori Jasuo a fait trois tournées pour présenter son enquête (très souvent dans des écoles) sur Fukushima. Le Russe Alexandre Melnikov, avec un point de vue subjectif sur le conflit russo-ukrainien, a suscité de très vifs débats. Ana Sonĝanta, de la République de Corée, a très habilement présenté l’enseignement de l’espéranto dans les écoles coréennes alternatives. Je pourrais parler de la Cubaine Maritza Guttierez, de la Roumaine Rodica Todor, du Tchèque Petro Chrdle, des écrivains Ana Lowenstein et Trevor Steele, et de beaucoup d’autres talentueux conférenciers.

EA : Quel est votre meilleur souvenir de ces tournées ?

YN : Un des nombreux meilleurs moments ! Lorsque Mikaelo Bronŝtejn a raconté l’évolution, l’histoire de son usine russe « Galant » depuis la période stalinienne jusqu’à la chute de l’Union soviétique. Mikaelo a fait plusieurs tournées pour présenter ses œuvres ou des écrivains russes et concluait la réunion par de beaux chants ou déclamations.

EA : Connaissez-vous d’autres exemples de telles tournées de conférences à l’étranger ?

YN : Lars Sözüer en organise en Allemagne et nous collaborons parfois. Autrement, je ne sais pas, mais ce doit être rare. C’est malheureux, car préparer une tournée de conférences demande certes du temps et de l’énergie, mais ça aide selon moi les clubs à faire connaitre l’espéranto au public extérieur. Cela donne aussi l’occasion aux novbakitoj (et aux membres plus aguerris du club) de pratiquer la langue avec des étrangers qui la parlent couramment ; cela renforce l’idée de l’utilité de l’espéranto. Et ces tournées permettent un voyage culturel à un conférencier étranger pour connaitre le mouvement espéranto français et confronter la culture française à la sienne.

EA : Koran dankon.

Complément d’information, par Claude Nourmont : Concernant l’origine des tournées, il faudrait revérifier dans l’histoire de l’UFE, écrite par Hervé Gonin à l’occasion du centenaire de l’association.
Ce dont je me rappelle, c’est que j’ai organisé une tournée de conférences pour Mme Madeleine Haudebine, revenue d’un long séjour en Inde, où elle avait enseigné l’espéranto. Ce doit être en 1973 ou 1974. Je ne sais pas s’il y en a eu avant, certainement, mais peut-être pas de façon systématique. On a plutôt profité de la visite d’un espérantophone éminent pour inviter quelques groupes à l’accueillir. Mais depuis ont été organisées régulièrement par UFE des tournées de conférences, en invitant spécialement des conférenciers si possible de pays très différents du nôtre. Beaucoup de coordinateurs de ces tournées se sont succédé jusqu’à ce qu’Yves Nicolas reprenne le flambeau en 2002. Je ne pourrai pas les citer tous, il faudrait que je recherche dans des dossiers anciens... sinon j’en oublierai certainement. J’ai moi-même organisé quelques tournées dans les années 1987-1988. La tâche n’a pas toujours été facile. Je me rappelle de groupes n’ayant pas compris le principe de péréquation pour le paiement des frais de déplacement. Ou de groupes se plaignant que l’on propose trop souvent d’accueillir des conférenciers. Mais au cours des années cette activité est devenue un moteur essentiel pour l’espéranto en France et pour la vie des groupes.

Ndlr : Le mois prochain, nous publierons les réponses de Lars Sözüer sur les tournées de conférences en Allemagne.