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Découverte

BEMI, les cyclistes espérantophones

Esperanto-Aktiv’ n° 63 – novembre 2015

BEMI (Biciklista Esperantista Movado Internacia) est l’association internationale des cyclistes espérantophones passionnés des randonnées à vélo dans un cadre international. BEMI organise régulièrement des caravanes cyclistes dans divers pays du monde avec des participants de diverses nationalités.

Pour communiquer entre eux, ils utilisent l’espéranto, langue internationale, compte tenu de la diversité des nationalités présentes dans l’association (Allemands, Anglais, Belges, Espagnols, Français, Néerlandais, Russes, Ukrainiens, etc.)
Nous rencontrons ici deux membres de BEMI, Didi Weidmann (co-fondateur) et Lars Duisburg (secrétaire général).

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Rencontre avec Didi Weidmann (co-fondateur de BEMI).

La création officielle de l’association a eu lieu précisément à minuit le 31 décembre 1979 (certains prétendent que c’était à 0h00 le 1er janvier 1980, cependant étant moi-même l’initiateur, je peux vous assurer que la fraction qui dit que c’était à minuit le 31 décembre 1979 a raison :-) ). Pendant cette fameuse nuit, au château Schwanberg (NDLR en Bavière), quelques jeunes Suisses (Trix Kurth, Nelly Achermann, Nella Pfenninger et moi-même) lancèrent l’idée « Faire du vélo – oui naturellement ! » et le nom de l’association Biciklista Esperanto-Movado Internacia (BEMI).

Le but de l’association était tout simple : « Faire connaître l’espéranto parmi les cyclistes et la bicyclette parmi les espérantistes. » J’ai présenté un statut tout simple d’association suivant le droit suisse et une liste pour devenir membre. Nous avons décidé que chaque membre avait le droit de fixer lui-même sa cotisation. Environ 70 personnes s’inscrivirent spontanément sur la liste avant le dernier coup de minuit et déclarèrent sous les applaudissements la création de l’association.

L’année suivant sa fondation, BEMI commença à organiser ses fameux voyages en bicyclette pour se rendre aux rencontres espérantistes et principalement aux congrès internationaux des jeunes.

Le plus célèbre et sans doute le plus impressionnant était ce voyage, auquel j’ai moi-même participé, vers le congrès international des jeunes de Passau (Allemagne) à Debrecen (Hongrie). Une cinquantaine de jeunes s’étaient donné rendez-vous dans la ville bavaroise de Passau et avaient suivi le Danube par Vienne et Budapest. Je me rappelle bien quand notre caravane est arrivée à Hegyeshalom à la frontière hongroise, où de l’autre côté du « rideau de fer » nous attendait la partie de la caravane de l’est de l’Europe, partie de Berlin-Est et un autre groupe arrivé de Bulgarie et de Serbie.

Sous les yeux émerveillés des douaniers hongrois, qui à cette époque ne comprenaient plus le monde, et les caméras des télés hongroises et autrichiennes, notre groupe de 100 participants a continué son voyage à travers toute la Hongrie. Le directeur du collège, qui était espérantiste, nous a accueillis et a mis à disposition la salle de sport de l’école pour y séjourner.

À Pusztavacs, nous avons dormi dans une petite église catholique, après que tout notre groupe eut assisté à la messe. Une jeune fille de notre groupe, à la grande joie du prêtre, avait même accompagné le chant sur le petit orgue qui se trouvait dans l’église. Le prêtre, avec qui j’avais réussi à me faire comprendre en latin fut si touché – car sous le régime communiste les habitants visitaient à peine son église – qu’il mit à notre disposition l’église pour dormir.

Un obstacle sur notre route était la zone de l’armée russe que l’on n’avait pas le droit de traverser. Grâce à l’intervention d’un officier russe qui appartenait à notre groupe, nous reçûmes toutefois la permission exceptionnelle de traverser cette zone. Cependant à la moitié de ce voyage, une jeune fille de notre groupe eut un accident et fut transportée par des camions de l’armée qui étaient également prêts à transporter les participants fatigués de notre groupe. Ainsi l’armée russe a transporté une partie de notre caravane sur une distance de 20 km !

Dernier souvenir mémorable, l’arrivée à Debrecen où nous attendaient le long de la route une grande foule et une équipe de la télévision d’État comme si nous étions le Tour de France. Je suppose que grâce à notre voyage en bicyclette, nous eûmes à la télévision plus d’écho que les deux congrès internationaux d’UEA et de JEFO ensemble.

Voici quelques souvenirs de mon action à BEMI que j’ai présidé jusqu’en 1990.


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Le point de vue de Lars Duisburg (secrétaire général).

À BEMI, il n’existe pas vraiment de cotisation formelle et les membres de BEMI n’en paient donc pas. (Il est cependant possible d’adhérer en payant une cotisation afin de bénéficier d’une assurance pendant les évènements.)

Tous ceux qui aiment faire de la bicyclette et parlent espéranto peuvent se considérer comme membres de BEMI. Et du reste, si vous avez déjà participé à une caravane cycliste de BEMI, vous êtes membre de BEMI. Quoique BEMI soit une association spécialisée de TEJO, sont actives à BEMI des personnes de tout âge.

À BEMI a lieu ce que ses membres organisent. Donc, si vous pensez que BEMI doit faire telle ou telle action, la voie vous est ouverte pour le faire au nom de BEMI. Si vous n’y arrivez pas seul, informez BEMI de votre idée et d’autres membres expérimentés vous soutiendront du mieux possible.

Ainsi, BEMI a réussi pendant de nombreuses années à agir sans nécessité d’un bureau constitué. Cependant, durant l’assemblée générale du 1er janvier 2015, les membres de BEMI réunis ont élus un bureau avec Carsten Mischke (Belgique) comme nouveau président, Ivo Miesen (Pays-Bas) a été réélu comme secrétaire général et Alina Brücker (Allemagne) comme représentante au conseil de TEJO.

Depuis sa fondation, BEMI est régulièrement actif dans l’organisation de voyages en vélos vers les rencontres espérantistes. Habituellement, ces voyages se déroulent en été, durent plusieurs jours avec une distance journalière moyenne d’environ 70 km, avec camping sauvage, cuisine commune et financement par une caisse commune. Mais selon les circonstances et préférences des participants, cela peut varier. Il y a déjà eu des voyages dans différentes parties du monde dont le but n’était pas une rencontre espérantiste. Actuellement, quelques membres de BEMI préparent même des voyages pour l’automne et l’hiver.

Quelquefois, les membres de BEMI ont utilisé l’espéranto pour contacter d’autres associations qui se battent pour de meilleures conditions pour les cyclistes, pour échanger leurs expériences et stratégies réussies. Par exemple, le fait qu’il est maintenant possible d’emporter un vélo dans le métro de Madrid est un succès de l’action de BEMI.

Dernièrement, l’action sportive de BEMI a pris plus d’importance. Il existe une discipline de cyclisme longue distance dont les événements ne sont pas des concours. Celui qui réussit à accomplir l’itinéraire dans un temps limite est vainqueur. BEMI est un club membre de la fédération mondiale du cyclisme longue distance (ACP). Plusieurs membres de BEMI pratiquent maintenant avec succès ce sport et, en août dernier, trois d’entre eux ont réussi dans le plus traditionnel et célèbre événement Paris-Brest-Paris sous le nom de club « BEMI » et avec de beaux maillots BEMI.