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Découverte : Espérantistes polyglottes.

Esperanto-Aktiv’ n° 58 – mai 2015

Le Polyglot Gathering 2015 Berlin, la rencontre polyglotte de Berlin 2015, ce fut...
En six mots : Begeisternd Exciting Riche Laŭta Inspiring Nécessaire.
En chiffres : 76 conférences sur 4 jours, 350 participants venus de 53 pays, et plusieurs dizaines de langues parlées.

Imaginez une rencontre internationale, avec un nombre de participants plus élevé que d’habitude, venant de plus de pays que d’habitude.
Des conférences en plusieurs langues, la plupart en anglais, certes, mais aussi en allemand, en espagnol, en italien, en français et même en… easy espéranto !
Toute la rencontre, malgré sa forte dominante anglophone, est inspirée de nos congrès d’espéranto. Elle en reprend plusieurs des éléments : gufujo (sic) (salon de thé, « tea lounge » ouvert le soir pour prendre le thé, teumi, dans une ambiance reposante), soirée internationale (lors de laquelle les participants présentent une chanson, un poème ...), aligatorejo (sic) (espace où l’on ne doit parler aux autres ni dans sa propre langue, ni en anglais).

Les nombreuses conférences s’étendaient sur des thématiques pointues ou plus générales, sur les langues exotiques ou minoritaires, sur la linguistique, sur la traduction, sur l’enseignement des langues et, bien sûr, sur la vie d’un polyglotte. Des présentations intéressantes, distrayantes, pour certaines pleines d’humour, bien calibrées, rythmées, portées par le discours d’un orateur passionné.
En plus des conférences, il y avait aussi des présentations de langues plus ou moins exotiques (arabe, basque, cantonais, écossais, finlandais, grec, hébreu, indonésien, irlandais, japonais, milanais, navajo, polonais, portugais du Brésil, sami du nord, slovaque, tamoul) et même un atelier d’interprétation consécutive et simultanée.
Et il ne fallait pas manquer le court-métrage The Hyperglot de Michael Levi Harris.

Outre ce contenu plutôt sérieux, la partie distractive avait fière allure, avec :

  • un festival culinaire international et une foire du livre ;
  • un jeu sur les langues, Ĝepardi ;
  • JoMo en concert... polyglotte ;
  • une soirée culturelle internationale.

Les deux premiers témoignages ci-dessous ont été recueillis par internet avant la rencontre polyglotte de Berlin.

Témoignage de Soraya Alvarez

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Je m’appelle Soraya. Je suis argentine, j’ai 20 ans. J’étudie la gestion de l’environnement urbain à l’université. Je parle l’espagnol et l’espéranto, j’apprends le russe, je comprends le portugais, mais je le parle peu.

Ma principale motivation pour apprendre les langues est de m’approcher d’autres cultures, d’en savoir plus sur elles, de les comprendre et d’apprendre d’elles.

J’ai découvert l’espéranto au moyen d’internet. J’ai lu un article sur Wikipédia et je me suis aussitôt intéressée à cette langue.

En février 2014, j’ai commencé à apprendre l’espéranto à l’association d’espéranto de Buenos Aires et, après cinq mois, j’ai participé au congrès mondial de Buenos Aires. J’ai découvert comme un autre monde, j’ai parlé avec diverses personnes de différents pays.

L’espéranto est plus facile que les autres langues. On peut parler à des gens du monde entier et les connaitre grâce à cette langue merveilleuse. On peut aussi apprendre d’autres langues à l’aide de l’espéranto, du fait qu’il possède beaucoup de mots, qui sont en lien avec les autres langues. Et d’habitude, les espérantistes aident ceux qui partagent leurs idées si on veut apprendre leur langue maternelle. À l’avenir, je vais poursuivre mon apprentissage des langues et, bien sûr, je le ferai avec l’aide de l’espéranto.

Témoignage d’Ed Robertson

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Bonjour, je m’appelle Ed. Je suis programmeur, je développe des logiciels pour la médecine vétérinaire, quoique autrefois j’ai enseigné les langues durant quelques années. J’ai 62 ans, et il y a 7 langues que je parle suffisamment bien pour suivre une conversation, voire que je parle couramment ou avec le niveau d’un natif : l’anglais, l’écossais, l’allemand, l’espéranto, le français, le russe et l’italien. Il y a plusieurs autres langues que j’apprends un peu de temps en temps, mais je ne peux pas dire à leur propos que j’ai atteint un niveau suffisant pour converser. Je lis aussi sans problème quelques autres langues, comme le néerlandais, l’espagnol ou le bulgare, mais je ne les utilise pas assez bien pour pouvoir parler de manière satisfaisante.

Des langues diverses ont toujours fait partie de ma vie. Quand j’étais gamin, il y avait un contraste entre l’anglais normal exigé en classe, et la langue écossaise que j’utilisais avec mon père et mes amis, et l’allemand que j’employais parfois avec ma mère et quand nous rendions visite à des parents en Allemagne. Au collège et au lycée, j’ai étudié le français, le latin, l’allemand et le russe, puis à l’université j’ai poursuivi l’allemand et le russe. Pour chaque langue, il y avait peut-être une motivation différente : l’italien, je l’ai appris par exemple par intérêt pour la langue étrusque antique, et par besoin, car la plupart du matériel au sujet de cette langue était en italien. Le hongrois, je l’ai un peu appris pour faire du tourisme, l’ourdou par amour pour la gastronomie de l’Asie du Sud, etc.

Mon principal prof de langue au collège-lycée a été le premier à me faire connaitre l’espéranto, car il voulait souligner la conscience des langues, et non seulement l’enseignement de la langue même. Grâce à lui, j’ai appris les principes de base de l’espéranto, mais aussi des choses par exemple sur l’harmonie vocalique en hongrois et en turc, et sur la reconstruction de l’indo-européen ancien, et des trucs similaires. Il n’était pas espérantophone. Plus tard, en tant qu’étudiant à l’université, j’ai acheté un livre sur l’espéranto et j’ai adhéré à la société d’espéranto universitaire, mais ne suis pas allé plus loin dans la langue, car j’étais trop occupé à d’autres affaires. Bien des années plus tard, j’ai redécouvert l’espéranto sur un stand dans un festival pacifiste.

Après cette redécouverte, j’ai suivi un cours d’introduction gratuit par correspondance et ensuite, j’ai commencé à m’impliquer dans la langue et dans le petit groupe espéranto de la ville. En plus de quoi, j’ai suivi un cours de haut niveau, car je trouvais les cours de niveau plus bas trop lents.

On apprend le mieux une langue toutefois en l’utilisant, et avec l’espéranto, j’ai découvert la merveille de l’intercompréhension facile et sans peine entre des gens de langues différentes. Lors d’un évènement espérantiste international, je me sens tout à fait chez moi. L’anglais, l’écossais et l’allemand, je ne les maitrise que grâce aux accidents de la vie, mais l’intercompréhension avec des gens d’autres langues a été un chemin semé d’embûches qui a duré des années d’études difficiles dans les cas du français et du russe. Comme je l’ai dit, j’ai appris dernièrement l’italien, et ceci s’est fait après que je suis devenu bilingue en espéranto. Je suis certain que l’espéranto m’a beaucoup aidé à apprendre l’italien, mais le fait qu’il vienne après six autres langues également.
Je suis aujourd’hui membre d’une équipe qui développe un cours d’espéranto sur le site Duolingo, et je me réjouis de pouvoir permettre aux autres de commencer à utiliser l’espéranto, ou toute autre langue.

Témoignage de Philip Newton

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Je m’appelle Philip, j’ai 40 ans, j’habite en Allemagne et je travaille comme développeur de logiciels.
C’est difficile de compter les langues que je parle parce que ça dépend de ce qu’on appelle « parler ». À quel point faut-il connaitre une langue pour dire qu’on la parle ?
Mais je dirais que je parle environ dix langues : l’anglais, l’allemand, l’espéranto, le français, le grec moderne, le cornique, le slovaque, le japonais, le klingon et le danois.
J’aime les langues et elles me fascinent.
Souvent, ce sont les langues qui me choisissent, plus que je ne choisis, moi, une langue nouvelle. Environ tous les deux ans, une nouvelle langue me saisit et je passe quelque temps avec elle, à lire des livres sur sa grammaire. Le plus souvent, je ne l’apprends pas très en profondeur et ne pourrais pas converser dans la langue, mais ça me suffit.
Les quelques langues que je maitrise mieux sont celles que j’ai apprises à l’école ou en travaillant dans un pays où on les parle. Les autres, j’ai commencé à les apprendre comme ça, et continué jusqu’au point de les parler.

En fait, j’ai découvert l’espéranto deux fois pour ainsi dire.
La première fois, quand j’étais à l’école. J’ai vu, dans la bibliothèque de la ville, un livre qui enseignait l’espéranto. C’était Tesi la Testudo et ça m’a beaucoup plu. J’ai lu ce livre de temps en temps, mais sans essayer l’étudier.
Et vingt ans plus tard, j’ai assisté à une réunion sur la langue klingon et j’y ai rencontré un ami que je ne connaissais jusqu’ici que d’Internet et que je savais espérantiste.
J’ai essayé de parler espéranto avec lui et me suis rendu compte que j’en étais bien capable (à un niveau simple), sans l’avoir jamais appris intentionnellement ! Et c’est à ce moment-là que je me suis décidé de l’apprendre vraiment.

J’ai d’abord eu une phase initiale, durant laquelle j’ai suivi des cours d’espéranto, où j’ai posé des questions et écouté un instructeur.
Et puis je l’ai appris par osmose. C’est-à-dire que tantôt j’ai lu, au fur et à mesure des années, des livres enseignant l’espéranto, mais sans essayer me souvenir du contenu ; tantôt, j’ai lu des messages en espéranto sur des groupes en ligne, etc.

Par contre, les autres langues je les ai apprises vraiment intentionnellement.

Je pratique chaque jour, aussi bien l’espéranto que d’autres langues que j’étudie, à l’aide du logiciel Anki (NDLR support informatique montrant des couples du type question/réponse et utilisé par certains avec des mots ou expressions entrés par l’utilisateur dans une langue pour en apprendre le sens, à force de répétition).