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Découverte

Duolingo pour apprendre l’espéranto

Esperanto-Aktiv’ n° 61 – septembre 2015

Chuck Smith, 35 ans est programmeur et dirigeant de l’entreprise de jeux nommée Ludisto. Originaire des États-Unis, il vit à Berlin. Il a commencé à apprendre l’espéranto en février 2001 et dans la même année, il fonde déjà Vikipedio, la version espéranto de Wikipédia.
Le 28 mai 2015, après quelque 9 mois d’un travail d’équipe, il lançait la version bêta d’un cours d’espéranto pour les anglophones, sur la plateforme en ligne Duolingo.
Ce cours a été pris d’assaut dès les premiers jours : 9600 inscrits en moins de 2 jours...

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Esperanto-Aktiv’ : Saluton, Chuck Smith. Nous avons remarqué que tu es très souvent interviouvé. Aussi, nous nous permettons d’ajouter nos propres questions à cela !

Chuck Smith : Oui. Pour la dernière interview, suivez le lien.

EA : Depuis quand t’intéresses-tu à Duolingo ?

CS : Depuis que j’ai assisté à une conférence de Luis van Ahn sur la collaboration en ligne à grande échelle (« Massive-scale online collaboration »), je m’intéresse au projet et j’ai immédiatement écrit à Luis, qu’il fallait ajouter l’espéranto au site. Il a alors répondu que c’était prévu, mais que ça n’était pas une priorité, comme je l’ai bien compris.

EA : En quelques mots, pourrais-tu nous expliquer Duolingo ?

CS : Duolingo est un site sur lequel on peut apprendre les langues. Il existe différentes leçons avec différents exercices : traduction, compréhension orale et expression orale. Ce qui fait l’unicité de Duolingo, c’est qu’il traite l’apprentissage linguistique comme un jeu. On reçoit donc des points d’expérience et grâce à eux, on peut atteindre un nouveau niveau, comme dans un jeu vidéo.

EA : Parlons de ton projet de cours d’espéranto sur Duolingo...

CS : J’ai dirigé l’équipe qui a créé le cours d’espéranto pour les anglophones. Pour rejoindre notre groupe, les volontaires ont proposé leur candidature dans l’Incubateur pour travailler sur le cours. Ainsi j’ai pu choisir les deux candidats les plus adéquats pour commencer à créer le cours. Après 20% d’avancement, l’équipe a pu inviter deux autres contributeurs. Lorsque l’équipe a eu besoin de nouveaux bras, les modérateurs du cours ont consulté la liste des candidats pour choisir de nouveaux membres adaptés à l’équipe.

EA : Et quelle somme de travail cela a-t-il représenté pour lancer la version bêta ?

CS : Chaque membre a passé en moyenne 4 heures par semaine à travailler sur le cours. Nous l’avons créé en 9 mois et notre équipe a grandi de 2 contributeurs initiaux à 8 à l’heure actuelle.

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EA : Et la version finale, c’est pour bientôt ?

CS : Oui, bientôt. Mais je ne peux malheureusement pas dire quand. Nous ne l’avons certes jamais fait auparavant !

EA : Depuis fin mai que le cours est en ligne, il a aujourd’hui plus de 133 000 inscrits. Quel effet ça fait ?

CS : À vrai dire, je ne suis pas si surpris que ça. Avant le lancement, j’ai vérifié la quantité d’inscrits pour l’irlandais et l’ukrainien, et selon mon évaluation, nous devrions avoir 200 000 inscrits d’ici la fin 2015. Beaucoup à l’époque ont ri de mes prétentions « idéales » si élevées. Mais enfin, il est évident que mon évaluation semblait faible. Car aujourd’hui nous recevons mille nouveaux apprenants chaque jour. Si cette croissance se poursuit ainsi, nous en aurons déjà un million en 2017. Je me réjouis que notre travail puisse avoir une telle efficacité !

EA : Peut-on espérer que les inscrits au cours iront jusqu’au bout ? Comment le vérifier ?

CS : Il est certain que beaucoup de personnes finissent le cours ! Et comme le cours est si vaste, j’ai déjà bavardé avec des gens qui ont commencé à apprendre sur Duolingo et n’ont jamais fini le cours. Oui, je bavarde avec eux en espéranto... durant la rencontre mondiale des jeunes (IJK), par exemple ! Quand je veux avoir de telles statistiques, je dois écrire à Duolingo. Durant l’IJK (10 semaines après le lancement du cours), ils ont répondu que 300 personnes avaient déjà fini le cours à ce moment-là. À mon avis, c’est déjà merveilleux, car j’imagine qu’il faut d’habitude 2 ou 3 mois pour arriver au bout. Bon, quand même, l’équipe commune de Duolingo est sous une telle pression que je ne veux pas trop souvent leur demander cela. Je leur rendrai visite dans leurs bureaux aux États-Unis en octobre, donc j’espère alors avoir, sans les déranger, plus de statistiques.

EA : Toi-même, comment as-tu appris l’espéranto ? Duolingo n’existait pas...

CS : En 2001, il n’y avait pas même Lernu ! J’ai appris par un cours en 10 leçons sur le site http://pacujo.net/esperanto/course/. C’était l’adaptation d’un cours par correspondance sur support papier. Je finissais donc ma leçon et l’envoyait par la poste à mon prof, qui le corrigeait et m’envoyait la leçon suivante. En fait, c’est amusant de repenser à cette expérience à présent !

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EA : Selon toi, quel sera l’impact de Duolingo sur la langue internationale et la communauté espérantophone ?

CS : Il est encore trop tôt pour le voir, mais par exemple, lors de l’IJK, je sais que quatre participants là-bas avaient commencé à apprendre grâce à Duolingo. J’ai aussi entendu des histoires d’élèves de Duolingo, qui ont rejoint différents clubs d’espéranto et qui parlent déjà la langue assez bien. Par exemple, à Washington, treize personnes se sont déjà inscrites à la prochaine réunion du groupe local, alors qu’il n’y a d’habitude que cinq participants.

EA : Crois-tu que l’on puisse compter sur des projets Duolingo similaires d’apprentissage de l’espéranto, mais adressés à des locuteurs d’autres langues maternelles ?

CS : Vraisemblablement. Il y a beaucoup moins de travail pour ajouter de nouveaux cours sur Duolingo entre des langues qui existent déjà dans le système que d’ajouter une toute nouvelle langue. Ainsi, s’il y a suffisamment de candidats, Duolingo considèrera la possibilité d’un nouveau couple de langues.

EA : As-tu d’autres projets intéressants pour l’Espérantie ?

CS : Certainement, bien que je doive me brider un peu, car je veux commencer de nouveaux projets, mais après analyse, il me semble qu’ils n’auront jamais la même efficacité que peut avoir mon travail continu pour Duolingo. Je veux également beaucoup faire connaitre de nouvelles initiatives qui peuvent aussi aider notre communauté, telles que par exemple Esperanto-TV (une chaine de télévision par internet 24h/24 7j/7 en espéranto - NDLR : voir EA n°54) et Chatterplot (un réseau social mondial où on peut trouver autour de soi des gens qui parlent des langues que l’on étudie).

EA : Tu as été primé lors du congrès mondial de Lille par UEA pour ton action remarquable. Cette reconnaissance signifie-t-elle que les gens placent des espoirs en toi et ton cours ?

CS : On dirait bien. Je suis content d’avoir pu prévoir à quel point les sites de Vikipedio (le plus visité des sites internet en espéranto) et Duolingo seraient des réussites. Je crois toujours que notre collaboration au sein de projets multilingues peut donner le meilleur résultat pour notre communauté. Ainsi, les espérantistes sont tout naturellement visibles aux non-espérantistes. Ici, l’espéranto est simplement vu comme une autre langue dans le système et non comme une bizarrerie ou une secte.

EA : Après que tu as été dans la liste des « nominés » en 2004, 2006 et 2014, Esperanto-Aktiv’ espère que la revue Ondo t’élira Espérantiste de l’Année 2015 ! Dankon !

CS : Multan dankon. Je serais ravi de recevoir un tel honneur. Amike !