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Découverte

Découverte : Muzaiko et Esperanto-TV, deux médias espérantophones.

Esperanto Aktiv n° 54 – janvier 2015

Nous avons interrogé l’équipe de Muzaiko et Richard Delamore, d’Esperanto-TV. Ils ont chacun répondu à notre questionnaire indépendamment l’un de l’autre. Voici leurs réponses croisées, que nous avons rassemblées ici pour vous.


Saluton. Pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre équipe en quelques mots ?

Muzaiko-teamo : Muzaiko est une webradio fonctionnant en communauté et que créent des bénévoles de plus de 35 pays. Il est impossible de parler de chacun d’entre eux ou de choisir parmi eux qui vous présenter.

Richard Delamore : Je m’appelle Richard Delamore, mais dans notre mouvement je suis simplement Riĉardo. Je suis le producteur d’Esperanto-TV. Notre équipe se compose de sept personnes en plus de moi ; les principaux sont Antonio Codazzi (chef de la branche Europe), Dmitry Lushnikov (chef de la branche Australie) et Roberto Poort (producteur associé).

Pouvez-vous raconter comment est né Muzaiko, svp ?

MT : L’idée que « nous aimerions écouter un genre de webradio ininterrompue » existait déjà dans la tête de beaucoup de monde, et le premier pas vers la concrétisation fut franchi durant le Congrès britannique d’espéranto en 2011, lorsque plusieurs personnes autour d’une grande table parlèrent de la nécessité d’une radio en ligne, et ne comprenaient pas pourquoi elle n’existait pas encore. Ensuite, on s’est aperçus que quelqu’un au congrès savait d’ailleurs comment créer une webradio. Nous avons alors décidé que nous commencerions si d’autres n’avaient pas encore commencé.

Et concernant Esperanto-TV, qu’est-ce que c’est et quelle est son origine ?

RD : Esperanto-TV est la seule chaîne de télévision par internet au monde en langue internationale espéranto. Elle a commencé à émettre le 1er avril 2014 et atteindra très bientôt son premier anniversaire. Je suis à la fois un vidéaste professionnel et un amoureux de notre langue. Ainsi, selon moi, il est naturel que nous devions avoir notre propre industrie audiovisuelle. J’ai donc toujours été ouvert à cette idée...
À vrai dire, le véritable commencement d’Esperanto-TV a eu lieu durant la fête de Zamenhof de 2013 (ndlr : à Sydney). Ce jour-là, une nouvelle entreprise télévisuelle, iStream Studios, a décidé de proposer à Marina (une membre active du club local d’espéranto) qu’elle trouve des espérantistes pour mettre en place une chaîne espérantophone. L’idée n’a pas plu à quelques espérantistes, mais presque immédiatement la proposition a intéressé Dmitry.
Il y avait pourtant un problème ; Marina et lui n’avaient jamais élaboré de films et d’émissions de télévision et donc ils ne savaient pas comment organiser l’affaire. Pendant ce temps, le mouvement local était un peu en sommeil, et à cause de cela, à franchement parler, j’avais d’une certaine manière abandonné. Du moins jusqu’à ce que je reçoive ce coup de fil revigorant de Dmitry avec leur proposition.
Je savais que la télévision n’est pas l’œuvre d’un seul individu, qu’elle exige une équipe. Donc j’ai tout de suite commencé à chercher des camarades qui consacraient déjà leur vie d’une façon ou d’une autre à l’espéranto et à l’audiovisuel. Un peu après, j’ai trouvé l’espérantiste Roberto Poort, des États-Unis. Il développait (et développe toujours) le site internet de film et de radio Studio, et donc je l’ai contacté. Ensuite, j’ai trouvé Antonio Codazzi, expert des actualités et de la télévision en Italie. C’est avec enthousiasme qu’ils ont contacté de nombreux autres espérantistes et nous avons tous commencé à collaborer.

Combien de personnes écoutent Muzaiko ?

MT : Environ 500 personnes par jour téléchargent les podcasts de Muzaiko, et autant écoutent la diffusion en direct.

Et combien compte-t-on de spectateurs pour Esperanto-TV ?

Il est difficile de vous fournir des statistiques concernant Esperanto-TV car, il y a cinq mois, nous avons changé de iStream vers Tikilive afin d’améliorer nos services. Cependant, selon le canal d’émission en direct (Streaming Broadcast), durant le mois de septembre, nous avons eu à tout instant un maximum de 7 spectateurs simultanés et un minimum de 1.
Mais la plupart des gens préfèrent regarder les films à la demande. Par exemple, une de nos vidéos les plus populaires, Esperantisto, a déjà été vue près de 15 000 fois en moins de deux mois.

Avez-vous jamais pensé à jeter l’éponge, face aux difficultés ?

MT : Oui. Je pense que plusieurs personnes ont envisagé d’arrêter pour diverses raisons, mais de nouveau, il est difficile de répondre à la question pourquoi en tant que Muzaiko.

RD : Jamais… les difficultés nous rendent plus forts.

Quelles sont les critiques les plus couramment faites à Muzaiko / Esperanto-TV ? Y réagissez-vous, et comment ?

MT : On reçoit des critiques au sujet de la musique, trop abondante ou pas assez, et de même concernant la longueur des émissions avec des intervenants, trop de blabla pour certains, trop peu de discussion pour d’autres. Comme les plaintes et les demandes de changement arrivent en nombre plus ou moins égal dans les deux sens, aucune modification de la structure d’origine n’a eu lieu jusqu’ici. De plus, on critique le plus souvent que les émissions et les musiques se répètent trop. Notre réaction est : les gens déjà volontaires pour Muzaiko font ce qu’ils peuvent, et vous pouvez aider, collaborer, pour que la radio soit meilleure, plus variée, plus intéressante !

RD : Au début, presque tout le monde disait que créer une station de télévision en « Espérantie » était impossible. Mais ces critiques ont presque cessé. Maintenant, les critiques les plus importantes viennent de personnes qui n’aiment pas certaines formes grammaticales utilisées. Néanmoins, la plupart des espérantistes vraiment n’ont rien de mal à dire.

À combien s’élève votre budget ?

MT : Environ 200 € par an pour le serveur et le nom du domaine internet.

RD : Les coûts d’Esperanto-TV augmentent toujours car nous voulons toujours développer de nouvelles idées. Le budget actuel s’élève à quelques milliers de dollars. Pourtant, cela ne suffit pas vraiment pour nos plans d’avenir.

Pourquoi ne pas ajouter des publicités, afin d’obtenir plus de moyens, et ainsi une plus grande qualité, comme dans les médias en langues nationales ?

MT : En fait, Muzaiko diffuse des réclames, bien que les annonceurs ne paient pas pour les annonces, et souvent ils réclament du même coup pour Muzaiko.

RD : Nous allons certainement utiliser des publicités à l’avenir. Cependant, on doit se rappeler que les annonceurs ne viennent pas simplement en ouvrant le porte-monnaie. Nous devons aller les trouver et les convaincre du bien-fondé d’utiliser notre service. Nous suivrons certainement cette voie à l’avenir, mais pour l’instant nous avons d’autres projets que nous devons développer.

Muzaiko, quelle est votre opinion concernant Esperanto-TV ?

MT : Esperanto-TV est une très bonne idée, et c’est merveilleux qu’elle se réalise.

Et Richard, que pensez-vous de Muzaiko ?

RD : Muzaiko est la seule radio que j’écoute. Je l’adore et écoute souvent ses émissions au boulot sur mon iPhone.

Avez-vous un jour envisagé de fusionner Muzaiko et Esperanto-TV, ou du moins de collaborer entre vous ?

MT : Une collaboration a déjà lieu puisque les bandes-son de quelques émissions d’Esperanto-TV sont devenues des programmes de Muzaiko, et il y a aussi des émissions de Muzaiko au sujet d’Esperanto-TV. Les émissions de Muzaiko sont librement utilisables selon la licence libre CC-BY-SA.

RD : Esperanto-TV et Muzaiko ont déjà un peu collaboré, mais pas vraiment autant que nous le devrions. Esperanto-TV est toujours ouverte à des idées nouvelles, donc si nous voyons la possibilité de collaborer plus étroitement, nous saisirons immanquablement l’occasion.

Quel est votre projet le plus récent, que vous souhaiteriez partager avec nos lecteurs ?

MT : Le séminaire AMO [1] vient juste d’avoir lieu au Togo, où Mireille Grosjean a collecté beaucoup de matériaux, donc très bientôt vous pourrez en apprendre encore plus sur le pays, sur le continent !

RD : Esperanto-TV vient juste de sous-titrer en espéranto, avec accord légal, le film australien primé 54 Days, que nous vendrons sur notre chaîne d’ici une semaine. Le film est déjà sorti au Congrès australien d’espéranto et ça a été un grand succès. Ensuite, nous commencerons à organiser le tournage de notre premier film de science-fiction en espéranto, ici à Sydney.

Selon vous, êtes-vous une bonne vitrine pour l’espéranto, ou bien êtes-vous réservés au public espérantiste ?

MT : Les acteurs de la Commission des relations extérieures de TEJO [2] et quelques associations nationales ont déjà rendu compte de l’utilisation réussie de Muzaiko pour faire la publicité de l’espéranto. Ils ont notamment raconté qu’après la présentation de Muzaiko, la question « est-ce que l’espéranto est une langue ? » s’est changée en « quelle langue est l’espéranto ? ». Si le lecteur en a envie, il peut télécharger et imprimer lui-même les cartes de visite de Muzaiko depuis notre site wiki.

RD : Chaque espérantiste peut être une bonne vitrine pour notre langue. Le problème vient de ce que la plupart des espérantistes aiment cacher leur passion pour notre langue. S’il vous plaît, que chaque espérantiste informe simplement les autres de son existence. Vous n’avez pas besoin d’être un finvenkisto [3] pour aider notre langue mais vous ne pouvez pas non plus vous contenter d’être adepte du raumisme [4].

Comment imaginez-vous l’avenir de votre projet, dans 10 ans ?

MT : Bonne question... Ça dépend des circonstances, chacun l’imagine vraisemblablement à sa manière. Une des raisons pour lesquelles Muzaiko ne se nomme pas Esperanto-radio, c’est l’idée que bientôt Muzaiko ne sera qu’une parmi plusieurs. Donc, voici un appel à vous, cher lecteur, si vous avez envie que Muzaiko fonctionne et s’épanouisse, écrivez à info@muzaiko.info ! Toute aide est la bienvenue, que vous ayez envie d’organiser, d’écrire, d’arranger, de faire des interviews (ou si vous connaissez quelqu’un qui en aurait envie), venez, agissez avec nous et collaborez – et ayez votre mot à dire sur l’avenir de Muzaiko !

RD : À vrai dire, je ne sais pas... Mais d’après la croissance actuelle, nous serons peut-être une chaîne internationale, avec des collaborateurs salariés sur chaque continent. Peut-être pour la première fois verrons-nous un film en espéranto gagner le premier prix au festival du film de Sundance. Les possibilités sont incalculables. Quoi qu’il en soit, je crois bien qu’Esperanto-TV deviendra aussi connu que lernu.net et peut-être qu’UEA, parmi les espérantistes. Tout dépend de nos collaborateurs, et il semble qu’ils ne soient pas encore fatigués.

Pour écouter Muzaiko : http://muzaiko.info/.
Pour regarder Esperanto-TV : http://esperanto-tv.com/.


[1Séminaire de montée en compétence des militants (aktivula maturigo).

[2Organisation mondiale des jeunes espérantophones.

[3Le finvenkismo est l’idée qu’un jour, presque tout le monde parlera l’espéranto comme deuxième langue ; ce sera la « victoire finale (fina venko) ».

[4Le raŭmismo s’oppose au finvenkismo en proclamant que les espérantistes forment une diaspora linguistique minoritaire.