français

Découverte

30 questions / 30 réponses (2e partie)

Esperanto Aktiv n° 42 – décembre 2013

11. En quoi l’espéranto est-il si simple ?

L’espéranto s’apprend en moyenne cinq fois plus rapidement que n’importe quelle langue nationale ou ethnique (français, anglais, chinois, etc.) Il présente 16 règles de grammaire de base, une orthographe parfaitement régulière, une conjugaison logique et des règles de construction de mots si simples qu’elles constituent presque un jeu.

Avec l’espéranto, finies les dictées ! Il n’y a qu’une façon d’écrire chaque son et il n’y a qu’une manière de prononcer chaque lettre.

Principales règles de l’espéranto :

  • Les noms se terminent en –o  :
    tablo, libro, kato, horo (table, livre, chat, heure)
  • Les adjectifs se terminent en –a  :
    bela, granda, dika, longa (beau, grand, gras, long)
  • Les adverbes se terminent en –e  :
    senkoste, afable, strange, videble (gratuitement, gentiment, étrangement, visiblement)
  • Le pluriel se forme par l’ajout d’un –j (prononcé y) :
    belaj grandaj tabloj (de belles grandes tables)

L’étudiant d’espéranto n’a pas à apprendre une foule d’exceptions, comme en français ou en anglais : bal/bals, bail/baux, chou/choux ou fly/flies, tooth/teeth, foot/feet, child/children. C’est en quelque sorte l’application de l’esprit mathématique à la langue !

Avec un jeu de préfixes (éléments à ajouter avant un mot) et de suffixes (éléments à ajouter après un mot), on obtient un vocabulaire très riche par la seule combinaison d’éléments, toujours les mêmes.

mal (contraire de) bela (beau) malbela (laid)
et (diminutif) libro (livre) libreto (livret)
eg (augmentatif) rivero (rivière) riverego (fleuve)
ar (rassemblement) lupo (loup) luparo (meute)
in (féminin) porko (cochon) porkino (truie)
re (à nouveau) vidi (voir) revidi (revoir)

Ainsi, l’espéranto permet l’économie d’une foule de mots français. Par exemple, avec –aro, on forme tous les noms des « groupes ».

lupo (loup) luparo (meute de loups)
bovino (vache) bovinaro (troupeau de vaches)
soldato (soldat) soldataro (troupe de soldats)
chevalo (cheval) chevalaro (horde de chevaux)
ŝtelisto (voleur) ŝtelistaro (bande de voleurs)
fiŝo (poisson) fiŝaro (banc de poissons)
homo (humain) homaro (humanité)
leganto (lecteur) legantaro (lectorat)

Avec un vocabulaire de quelques centaines de mots, il devient facile de s’exprimer ou de comprendre un texte sans avoir toujours un dictionnaire à la main, puisque la logique nous aide à comprendre la signification des mots. Et il n’y a pas lieu de trouver ce procédé trop artificiel : ce n’est que l’application systématique de principes de création de mots français.

Comparez :

  • heureux/malheureux
  • honnête/malhonnête
  • fourche/fourchette
  • maison/maisonnette
  • faire/refaire
  • venir/revenir

Comparé au français ou à l’anglais, pour lesquels il faut compter des années d’étude pour des résultats très décevants, l’espéranto offre des résultats extraordinaires en deux ou trois mois d’étude, à raison d’une heure par jour.

La facilité varie selon la personne, la méthode d’apprentissage et les circonstances. Lors d’une expérience menée à Zagreb, on a pu démontrer qu’après seulement 36 heures d’apprentissage de l’espéranto, des enfants parvenaient à communiquer des informations que leurs camarades apprenant l’allemand n’arrivaient à exprimer qu’après quatre ans d’étude.

« Les spécialistes s’entendent généralement pour dire que la maîtrise d’une langue seconde telle que l’anglais exige environ 5000 heures dans une période de temps concentré, alors que sa connaissance élémentaire exige 1200 heures. Actuellement, nous sommes très loin du compte. La réforme du ministère de l’Éducation le réduit de 720 à 644 heures. En effet, si l’on additionne le temps prescrit par le ministère de l’Éducation pour ses programmes de base, l’élève aura accumulé 144 heures d’anglais à la fin du primaire et 500 heures de plus à la fin du secondaire, soit un total de 644 heures. »
Commission des États généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec (Rapport Larose), p. 67, 2001

12. Est-il possible d’y exprimer la philosophie, la poésie ou des sentiments délicats ?

Penser qu’il est impossible d’émettre des idées raffinées avec une langue simple, c’est un peu comme croire qu’il est impossible d’exprimer des idées complexes en utilisant un alphabet d’au maximum une trentaine de lettres. Pourtant avec nos 26 lettres latines, nous faisons les combinaisons qui nous permettent d’écrire sur tout, comme les sept notes de la gamme suffisent pour composer des symphonies.
On peut faire une analogie semblable avec ce qu’on retrouve dans la nature : avec seulement quelques éléments chimiques se sont créées des matières et des formes de vie d’une richesse incroyable. Ce qui rend une langue capable de richesse et de raffinement, ce ne sont pas des règles orthographiques, des exceptions nombreuses ou une grammaire qui tiendrait en 700 pages : c’est le droit de faire les combinaisons nécessaires librement, sans barrières inutiles. Ce genre de liberté caractérise l’espéranto.

13. Que signifie l’expression « le droit de faire des combinaisons » ?

L’espéranto, comme le chinois, consiste en un ensemble d’éléments invariables, qui s’unissent les uns aux autres pour former des mots. En chinois, « mon » n’est pas un mot à part. Les mots mon en français, my en anglais ou mi en espagnol n’ont rien à voir avec le pronom concerné soit respectivement je, I et yo. En chinois, je se dit wo et pour former mon, on y ajoute la marque de : wode = mon. L’espéranto fonctionne de la même manière. Les concepts sont exprimés par la combinaison d’éléments invariables. On utilise mi , qui veut dire je, puis on y ajoute la marque de l’adjectif –a : mia mon, ma.

mi = je mia = mon miaj = mes
vi = tu via = ton viaj = tes
li = il lia = son liaj = ses
ni = nous nia = notre niaj = nos
vi = vous via = votre viaj = vos
ili = ils ilia = leur iliaj = leurs

Pour rendre le sens de l’anglais to heal, du français guérir ou de l’allemand heilen, l’espéranto utilise resanigi . Re est équivalent au français ; san est l’élément de base, qui exprime l’idée générale de la bonne condition physique ; ig signifie (faire en sorte que) [en allemand, rein=propre, reinigen=nettoyer]. Finalement, le i est la marque de l’infinitif. Resanigi , c’est donc faire-en-sorte-de-rendre-à-nouveau-sain.

Grâce à ce droit à la combinaison libre, vous pouvez utiliser le même radical dans la même structure. Par exemple, à partir de jun (jeune), vous pouvez vous-même former rejunigi (rajeunir), alors qu’en anglais, le fait de connaître le mot young ne vous est d’aucune aide pour vous souvenir du verbe rejuvenate. L’étudiant d’espéranto a pu exprimer la même idée que l’étudiant d’anglais, mais n’a eu à apprendre aucun nouveau mot, c’est tout !

14. Quel est le rapport entre la possibilité de combiner librement et la richesse d’expression ?

Les espérantophones créent spontanément de nouveaux mots qui n’existent pas dans leur langue maternelle, ou qu’ils ne connaissent pas. C’est ainsi qu’on utilise souvent samlingvano (personne qui parle la même langue), fotinda (qui vaut la peine d’être photographié) ou kisema (qui a tendance à embrasser). La combinaison libre de ces éléments rend la langue immensément riche, sans qu’elle y perde de sa simplicité. La première fois qu’on tient un dictionnaire bilingue français-espéranto/espéranto-français, on est d’abord surpris de constater que la section espéranto-français n’occupe souvent que le quart du dictionnaire. C’est que l’usager de l’espéranto a besoin d’un vocabulaire de base (radicaux) beaucoup plus restreint, puisqu’il forme lui-même les mots dont il a besoin. S’il a oublié le sens de pan (pain), il comprendra néanmoins le mot panisto (boulanger) après avoir cherché pan dans le dictionnaire, puisque -isto désigne la personne qui fait un métier relié à la racine qui précède.

15. Est-il possible d’exprimer la colère ou l’amour en espéranto ?

extrait de Asteriks ĉe la olimpiaj ludoj - Bien entendu. Avez-vous déjà eu l’occasion d’être en colère dans une langue étrangère ? Si oui, vous avez probablement constaté qu’il est très difficile de s’exprimer dans ces conditions, à moins de très bien maîtriser la langue. Les règles de grammaire compliquées et l’impossibilité de composer des mots librement freinent votre élan. Dans une langue où tout fonctionne de façon régulière, vous exprimez vos sentiments beaucoup plus facilement que dans une langue où la formation des phrases se bute constamment à des interdits, des exceptions, etc. Il n’est pas aisé de se souvenir en tout temps que « livre » est masculin en français, neutre en allemand et féminin en russe. Ces complications, qui sont basées sur la tradition (donc : non fondées sur des réalités), freinent énormément le flux spontané de l’expression. Dans le feu de l’action, lorsqu’on veut exprimer son indignation, dire sa souffrance ou parler d’amour, une langue libérée de ces complications s’avère beaucoup plus pratique que les autres.

extrait de Spiru, Salutu la sinjorinon -

16. La régularité n’est-elle pas inhumaine ?

Pas du tout. Quelques autres langues, comme le cantonais (chinois) ou l’indonésien, sont tout à fait régulières. Mais c’est surtout en observant le langage des enfants ou des étrangers en proie à de fortes émotions que vous comprendrez combien la régularité est naturelle, dans les langues humaines. Ces observations révèlent que la tendance la plus naturelle de l’expression linguistique humaine est la généralisation des éléments déjà assimilés. Par exemple, l’enfant anglophone, qui constate qu’on dit arm/arms, head/heads, leg/legs, dira foots, au lieu de feet. Ou le petit francophone qui dira le beau oiseau au lieu de bel oiseau. Ces gens ne font que suivre la tendance naturelle du cerveau à choisir le programme le plus régulier, conséquent et facile. L’espéranto suit cette tendance en tout temps. C’est pourquoi il est, psychologiquement, l’outil de communication le plus satisfaisant, sur le plan des échanges interculturels.

17. Est-ce qu’une langue peut exister sans histoire ?

Bien entendu. Au temps de Jules César ni le français, l’italien ou l’espagnol n’existaient. Ils existent, aujourd’hui. Il fut donc un temps où ces langues étaient aussi jeunes que l’espéranto aujourd’hui. Les langues naissent et meurent. Il existe aujourd’hui des langues plus jeunes que l’espéranto, comme le pisin (une des langues officielles de la Nouvelle-Guinée) ou le romanche, quatrième langue officielle de la Suisse qui a été élaborée tout à fait consciemment par des linguistes dans les années 1980, à partir de différents dialectes, pour donner une langue unifiée aux citoyens romanches.

18. Il n’y a quand même pas de langue sans littérature, n’est-ce pas ?

Plusieurs langues (la majorité des 3000 langues du monde, en fait) ont longtemps vécu sans littérature, mais l’espéranto n’est pas l’une d’elles. Déjà, dans la première brochure de Zamenhof, on trouvait un poème qui prouvait le pouvoir d’expressivité de la langue, au moment même de sa naissance. Depuis le tout début, des gens ont senti qu’il était possible de s’exprimer bellement et richement en espéranto. Ils l’ont donc utilisé avec doigté et de cette utilisation constante est née une littérature plus riche que celle de la plupart des langues à leur premier siècle d’utilisation.
Aujourd’hui, on publie un nouveau titre en espéranto tous les trois ou quatre jours. On estime à 50 000 le nombre de livres publiés dans cette langue. Il existe aussi des journaux, des CD et des bandes dessinées en espéranto.

19. L’espéranto est-il lié à une idéologie, à un parti politique, à une religion ?

Non. Il existe des associations espérantistes internationales de catholiques, de protestants, de bouddhistes, d’athées, etc. Dès le premier congrès d’espéranto, les délégués ont décrété que l’espéranto ne pouvait être lié à aucun parti ou religion. Néanmoins, dans plusieurs pays, des partis de gauche ou de droite sont favorables à l’espéranto. Certains soutiennent l’espéranto pour des raisons de fraternité universelle, d’autres pour les économies qu’il permettrait. En fait, il y a des espérantistes ou des gens favorables à l’espéranto dans presque tous les types de partis ou de médiums idéologiques.

20. Les espérantistes croient-ils vraiment qu’ils pourraient enrayer les guerres ?

Non. L’espéranto est bel et bien une incarnation de l’idée de respect réciproque entre les peuples. L’espéranto favorise le dialogue entre les gens de différentes cultures sur un pied d’égalité. C’est pourquoi les espérantistes se voient souvent attribuer l’étiquette d’utopistes (pelleteurs de nuages) qui voudraient établir une paix mondiale simplement par l’adoption d’une langue. Cette supposition est absurde : les espérantistes savent que l’utilisation d’une langue commune ne suffit pas à garantir des rapports pacifiques. La Révolution française, la guerre de Sécession américaine et les conflits causés par les Khmers rouges n’étaient quand même pas dus à des incompréhensions linguistiques !