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Rencontre avec "Libera Folio"

Depuis 2003, Libera Folio (Feuille libre) est un acteur incontournable du paysage médiatique de l’espéranto. Ce site internet est connu pour faire des articles sur le mouvement espérantiste en toute franchise, souvent avec polémique, et qui permet d’entendre un son de cloche différent de ce qu’on a l’habitude. C’est avec cette même franchise que son rédacteur en chef Kalle Kniivilä a répondu à nos questions.

Esperanto Aktiv’ : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Kalle Kniivilä : Je m’appelle Kalle Kniivilä. Je suis originaire de Finlande. Je suis journaliste et j’habite dans le sud de la Suède, à Lund, avec mon épouse, Maria. Excepté pendant quelques interruptions, je travaille depuis 1997 pour Sydsvenskan, le principal journal de la région. Pendant mon temps libre, je rédige depuis 2003 le bulletin en ligne indépendant Libera Folio.

EA : Quand avez-vous appris l’espéranto ?

Kalle : J’ai en fait écrit tout un article sur ce sujet en 2007, quand j’ai remarqué que cela faisait déjà un quart de siècle que j’avais appris l’espéranto : https://www.glasnost.se/2007/baldau-kvarona-jarcento/

Donc, effectivement, c’était à l’automne 1982 pendant ma première année au lycée à Outokumpu, en Finlande. Je m’étais déjà intéressé plus tôt à l’espéranto, j’avais trouvé des informations dans un très vieux livre, mais en 1982, j’ai trouvé dans la bibliothèque un tout nouveau dictionnaire finnois-espéranto-finnois, que j’ai emprunté, et j’ai commencé l’étude de la langue beaucoup plus sérieusement.

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EA : Qu’est-ce qui vous a poussé à créer le site Libera Folio ?

Kalle : L’impulsion initiale en avril 2003 est venue de la crise chez UEA, lorsque plusieurs personnes centrales ont démissionné en signe de protestation. L’un d’eux était István Ertl, rédacteur en chef du magazine Esperanto, qui a depuis collaboré fidèlement avec Libera Folio, principalement, mais pas exclusivement, en tant que superviseur linguistique. Une raison plus fondamentale pour laquelle Libera Folio était alors nécessaire – et continue d’être nécessaire –était l’absence de critiques envers le mouvement et ses organisations dans la plupart des journaux et bulletins. Libera Folio s’adresse à un public plus curieux que les simples rapports traditionnels élogieux sur le mouvement.

EA : Qui participe à ce site ?

Kalle : Trop peu. J’aimerais beaucoup trouver plus de contributeurs actifs. En 2018 quand j’ai arrêté pendant quelque temps Libera Folio pour un travail diplomatique en Russie et en Ukraine (lire mon interview https://www.liberafolio.org/2018/07/27/kalle-kniivila-forlasos-liberan-folion/), j’ai exprimé mon désir que mon départ incite une nouvelle équipe à diversifier les thèmes abordés et à redynamiser le site. Malheureusement, cela n’a pas eu lieu et quand ma situation professionnelle me l’a permis, j’ai repris la direction du site.

EA : Qu’est-ce qui a changé cette année ?

Kalle : Le nombre de visiteurs n’a pas vraiment changé cette année, malgré la crise sanitaire et le confinement. Le nombre de fidèles lecteurs est toujours le même avec quelques centaines d’habitués qui lisent l’ensemble des articles. Parfois, il arrive qu’un thème particulier fasse le buzz et attire de nouveaux lecteurs en dehors des habitués.

EA : Que pensez-vous du mouvement espérantiste actuel ?

Kalle : Le mouvement espérantiste traverse évidemment sa crise la plus profonde depuis la Seconde Guerre mondiale. Le fonctionnement du Bureau central de UEA, principal bastion du mouvement depuis des décennies, est menacé. La situation de nombreuses associations nationales est tout aussi problématique. La crise des organisations traditionnelles est évidemment en partie liée aux changements généraux du monde environnant, mais au moins chez UEA, elle est aggravée par l’incompétence des instances dirigeantes.

En même temps, le réseau permet désormais des contacts internationaux plus faciles, plus rapides et plus massifs que jamais, ce qui est bien sûr extrêmement utile pour les espérantistes qui sont capables et désireux d’utiliser ces ressources. Il existe de nombreux projets en ligne intéressants et de nouveaux étudiants affluent également à travers le réseau. Malheureusement, le manque d’organisation fait souvent que les projets en ligne restent dépendants de la motivation des individus, alors que les apprenants ne savent pas toujours quoi faire ensuite avec la langue.

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EA : Qu’est-ce qui a changé depuis le début de Libera Folio ? Comment le site a-t-il évolué ?

Kalle : Les changements ont été principalement techniques. Au début, le site était composé d’un ensemble de fichiers HTML que je changeais à la main. Quand le nombre d’articles a augmenté, il a été nécessaire de trouver une autre solution. Notre responsable technique, Jan-Ulrich Hasecke, nous a beaucoup aidés en nous proposant de passer à l’outil d’administration de contenu Plone et depuis 2004, il héberge le site sur son serveur. La possibilité de laisser des commentaires a beaucoup plu aux lecteurs, à une époque où les réseaux sociaux étaient encore peu développés. Finalement, le système Plone s’est montré pas assez flexible pour nos besoins et en décembre 2016, j’ai décidé de passer à WordPress et de reprendre Libera Folio sur mon propre serveur. À ce moment-là, j’en ai profité pour moderniser l’interface de Libera Folio qui ne fonctionnait pas très bien sur les téléphones portables et j’ai amélioré également le système de commentaires.

EA : Quels sont vos prochains projets ?

Kalle : J’aimerais beaucoup encourager de nouveaux collaborateurs à rejoindre Libera Folio, afin qu’ils s’occupent de rédiger des articles sur de nouveaux thèmes. En dehors de mon travail quotidien, j’ai écrit, jusqu’à maintenant, 4 livres d’enquête sur des thèmes liés à l’Union soviétique, et quand la pandémie sera terminée, j’espère pouvoir travailler sur un nouveau livre sur l’Ukraine. Du reste, chacun de mes livres a été publié également en espéranto.