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Découverte

Traduire un roman de l’espéranto au français

Esperanto Aktiv n° 37 – juin 2013

Esperanto Aktiv a rencontré ce mois-ci Ginette Martin, qui vient de publier Comme un vol d’oiseaux sacrés, la traduction en français du roman Flugi kun kakatuoj, de l’écrivain australien Trevor Steele (voir notre rubrique Lu, vu, écouté ce mois-ci). Nous avons souhaité lui poser quelques questions sur son travail de traduction.

Esperanto Aktiv : Ginette, peux-tu te présenter, en quelques mots ?

Ginette Martin : Je suis une institutrice retraitée. Pendant ma vie professionnelle, j’ai été confrontée aux problèmes des enfants pour assimiler les difficultés de la langue française. Il s’est trouvé que, vers les années 80, un mouvement se dessinait pour simplifier la langue française. Je désirais militer dans ce projet, mais tous mes collègues me disaient que les « inutilités » de la langue française étaient indispensables. Par exemple que le « s » dans « une souris » est une aide à la lecture, sinon le mot n’est plus reconnu facilement. Je n’en étais pas convaincue.
J’ai appris l’espéranto pour avoir des arguments, et je suis tombée amoureuse de la langue.

E. A. : Tu viens de terminer la traduction en français du roman de Trevor Steele, Flugi kun kakatuoj. Combien de livres as-tu traduits jusqu’à présent en espéranto ?

G.M. : J’ai traduit 3 livres, souvent en équipe :

  • Kroata milita noktlibro, de Spomenka Ŝtimec (Journal de nuit)
  • La Zamenhof-strato, de Roman Dobrzinski (La rue Zamenhof)
  • Flugi kun kakatuoj, de Trevor Steele (Comme un vol d’oiseaux sacrés)
  • et entre-temps un quatrième partiellement avec Godeleine Logez : La ŝtona urbo (La ville de pierre)

E. A. : Qu’est-ce que qui t’a poussée à traduire ce livre en espéranto ? Qu’as-tu aimé ou moins aimé dans ce livre ?

G.M. : En fait, c’est Katja, l’épouse de Trevor Steele, qui a eu l’idée de cette traduction. Elle aurait voulu qu’un traducteur unique assume la tâche, mais elle n’a pas trouvé quelqu’un avec suffisamment de temps libre pour le faire. J’ai proposé de le faire en équipe et Trevor a accepté. J’avais adoré ce livre, donc l’enthousiasme a pallié aux difficultés, car c’était un véritable marathon. Il m’a fallu quinze mois, mais je pense qu’il m’aurait fallu six ans si je n’avais pas eu l’équipe, et la traduction aurait atteint un moins bon niveau.

E. A. : Quelles ont été les étapes de ce projet ?

G.M. : J’ai assez vite trouvé une douzaine de volontaires pour me faire les traductions de base. Je distribuais chapitre après chapitre au fur et à mesure des adhésions. J’ai pu donner la version électronique des chapitres, car Trevor avait eu l’excellente idée de m’envoyer la version électronique complète de son livre. Mes collaborateurs traduisaient assez vite, en alternant les paragraphes en français et en espéranto pour faciliter le contrôle, souvent me redemandaient un chapitre de plus, puis encore un autre. Il n’y a pas eu de lassitude car le roman est très prenant.
Mettre tout cela en français limpide et vivant a été une autre affaire.

J’avais décidé d’envoyer les chapitres traduits un par un à toute l’équipe chaque semaine, ainsi tous ceux qui le voulaient faisaient des propositions d’améliorations. J’envoyais le résultat après avoir utilisé les propositions, et d’autres propositions venaient encore...

Je faisais 2, 3, 4, parfois 5 versions de chaque chapitre, chacune améliorant l’autre.
Ensuite, il m’a fallu des volontaires pour lire la traduction complète d’un bout à l’autre et revoir l’harmonie générale. J’ai eu la chance de les trouver.

Je pense que la traduction finale porte quand même mon empreinte et qu’elle a gommé les disparités dans les traductions. Mais ces disparités étaient très minimes, cela a été ma bonne surprise.

E. A. : Quelles sont les difficultés, ou les bonnes surprises, que tu as rencontrées sur ce projet ?

G.M.  : Les difficultés ont été des dilemmes lorsque les changements que l’on me proposait ne me semblaient pas meilleurs que ce qui avait été écrit auparavant. J’ai dû me torturer beaucoup le cerveau pour trouver des solutions intermédiaires.

E. A. : Quels ont été les rapports avec l’auteur, Trevor Steele, durant le projet ?

G.M. : J’envoyais assez souvent des messages à Trevor pour lui dire l’état de la traduction et lui demander des conseils ; il répondait très vite et avec une grande gentillesse.

Alors que nous étions arrivés au milieu du « peaufinage », la version en anglais a paru (Soaring with cockatoos), et cela m’a été d’un grand secours lorsque j’hésitais. Parfois une phrase sur laquelle je butais depuis longtemps n’avait pas été reprise dans la version anglaise. Une bonne raison pour la laisser tomber.

La traduction de Flugi kun kakatuoj m’a fait prendre conscience que je n’avais encore rien lu de Trevor Steele. J’ai maintenant littéralement dévoré la moitié de ses livres, même les plus épais ; c’est un écrivain passionnant ; je compte bien lire toutes ses œuvres.

E. A. : Quelles sont selon toi les qualités d’un bon traducteur ? Que conseillerais-tu à ceux qui voudraient se lancer dans un tel projet ?

G.M.  : Il faut beaucoup d’abnégation et de temps libre, de préférence être passionné par ce qu’on traduit.

Travailler en équipe fait gagner du temps et de la qualité à la traduction.
Je vais maintenant choquer tout le monde. Lorsque j’ai entrepris de traduire « Flugi », la traduction automatique de l’espéranto au français par Google n’était pas encore en fonction.
Depuis j’ai fait quelques essais et je n’ai pas été complètement déçue. Oui, il y a de grosses erreurs de traduction, et il vaut mieux que les gens qui s’en servent connaissent vraiment l’espéranto pour corriger les erreurs, mais que de temps gagné !

Je rêve de faire partie de l’équipe qui améliore à présent cette traduction automatique. Je pense que je serais plus utile à l’espéranto qu’en traduisant un livre de plus.

Il y a du travail ! Je crois qu’il me faudrait quatre vies supplémentaires !

E. A. : Merci beaucoup, Ginette.

Pour en savoir plus sur le livre et pour commander : voir la rubrique Lu, vu, écouté ce mois-ci.