Entretien avec Nicolas Viau
Esperanto Aktiv’ n°158 - juillet-août 2026
EA : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Nicolas Viau, né à Paris (eh oui !) il y a 40 ans. Je suis arrivé au Québec à l’adolescence avec ma famille, qui y a déménagé pour raisons professionnelles, il y a 26 ans. J’y ai donc vécu toute ma vie adulte. J’habite actuellement à Montréal.
J’ai étudié la physique et plus tard, l’environnement, aussi à Montréal. Je travaille aujourd’hui en prospection et communication pour un centre de recherche appliquée dans les domaines des technologies environnementales, de la transition énergétique, des matériaux et des biotechnologies.
Je m’intéresse depuis longtemps par ailleurs aux questions linguistiques, politiques et géopolitiques, ce qui n’est pas sans lien avec l’espéranto !
Pourquoi et comment êtes-vous devenu espérantiste ?
Je me rappelle pas exactement quand j’ai eu connaissance de ce qu’était l’espéranto, mais je suis au courant de son existence depuis ma jeunesse, des années avant que je ne l’apprenne. Je n’ai pas connu d’espérantistes dans mon entourage en grandissant.
Comme expliqué précédemment, je m’intéresse à plusieurs sujets « en résonance » avec l’espéranto. Mon arrivée au Québec m’a conduit à m’intéresser de près à l’histoire québécoise et à sa condition « d’îlot francophone » dans un « océan anglophone ». Le contexte m’a donc incité à réfléchir à la place des langues dans les sociétés et dans le monde.
Il m’est naturellement apparu qu’une langue internationale plus neutre, qui n’appartient à aucun peuple en particulier, serait très pertinente dans notre contexte… À partir de là, apprendre l’espéranto, auquel je m’étais d’ailleurs intéressé de manière passagère au cours des quelques années précédentes, m’a semblé aller de soi, ne serait-ce que pour essayer et voir s’il s’agissait ou non d’une « solution » qui fonctionnait (oui !).
Nous étions alors en 2009. Je connaissais déjà les bases (les 16 règles), mais j’ai téléchargé le petit logiciel brésilien Kurso de Esperanto, efficace pour acquérir les bases. J’ai rapidement pris contact avec la Société québécoise d’espéranto (SQE) et participé à une première rencontre à Montréal. Lors de celle-ci, j’ai été heureux de constater que mon niveau, bien que ne me permettant pas encore de m’exprimer avec facilité, me permettait tout de même de suivre assez bien l’essentiel des échanges.
Je n’ai toutefois pu participer qu’à peu de rencontres pendant les premières années, et ce n’est qu’à partir de 2013 que je me suis réellement impliqué, participant régulièrement aux activités de l’association. C’est aussi l’année de ma première participation à un rassemblement d’espéranto hors du Canada : Somera Esperanto-Studado (SES) organisé par l’organisation E@I cette année-là dans la ville de Martin, en Slovaquie. Cette expérience m’a permis pour la première fois d’entrer vraiment en contact avec la culture espérantophone, a porté ma capacité d’expression au niveau courant ou presque, et m’a encouragé à continuer.
Ce fut le début de mon implication régulière. J’ai depuis eu l’occasion de participer à plusieurs rassemblements au Canada et à l’international, dont plusieurs congrès mondiaux (à commencer par celui de Lille, en 2015), et dernièrement, le congrès d’Espéranto-France à Hérouville-Saint-Clair.
J’ai donc appris l’espéranto, comme beaucoup, pour des raisons « intellectuelles », mais au fil des années, comme bien des espérantistes, je reste aussi, car j’y ai noué de nombreuses amitiés !
Avez-vous des responsabilités dans le mouvement espérantiste ?
Depuis 2024, je n’ai plus de responsabilités formelles, mais j’ai siégé 11 ans au conseil d’administration de la SQE, que j’ai aussi présidée pendant cinq ans.
En 2022, j’ai aussi eu l’honneur d’être membre du comité organisateur local (Loka Kongresa Komitato – LKK) du Congrès mondial d’espéranto qui a eu lieu cette année-là (qui devait à l’origine avoir lieu en 2020, mais qui a bien sûr dû être reporté en raison de la pandémie). J’ai notamment contribué aux activités de communication externes du congrès.
De 2016 à 2019, j’ai par ailleurs aussi été impliqué dans l’organisation, d’un événement pour polyglottes et autres amateurs des langues (semblable au Polyglot Gathering, bien connu des espérantistes) : le Festival des langues de Montréal (ou LangFest). Outre mes responsabilités dans le comité de ce rassemblement, j’y ai aussi eu à cœur d’agir comme « pont » avec le monde de l’espéranto. Nous avons eu le plaisir, à chaque édition, d’avoir une représentation espérantophone, qu’il s’agisse de présentations dans le programme ou encore de la mise sur pied d’un kiosque sur les lieux du rassemblement (avec l’appui de l’Association canadienne d’espéranto et de l’Esperantic Studies Foundation).
Bien qu’ayant été un peu plus occupé professionnellement ces dernières années, je n’ai néanmoins pas cessé de participer à nos rencontres régulières, et je demeure bénévole pour la SQE, soutenant les activités de l’association, entre autres en communication.
Actuellement, notre club local montréalais est en transition, puisque notre principal lieu de rencontre, le très agréable et pratique restaurant végétarien Végo au centre-ville, a récemment dû mettre la clé sous la porte. Cela va nous forcer à nous réinventer au cours des prochains mois et années… mais n’est-ce pas ce que fait le mouvement espérantiste depuis près de 140 ans déjà ?
Himalia : Parlez nous du film et de votre (ou vos) action(s) dans le film, votre rôle, votre action.

Himalia a été l’une des belles surprises de ces dernières années ! Il s’agit donc d’un court métrage (une vingtaine de minutes) canadien de science-fiction en espéranto, réalisé par Clara Milo et Juliette Lossky. Il suit la vie d’une famille, rythmée par la lumière du soleil, dans un futur assez lointain. L’intégralité des dialogues du film est en espéranto.
Dès que j’ai lu le scénario préparé par Clara et Juliette, j’ai trouvé le projet très emballant ! Clara et Juliette souhaitaient que la qualité linguistique du film soit bonne (et en tant qu’espérantistes, nous aussi !), je me suis donc proposé de les accompagner dans cette aventure. J’ai eu l’honneur de pouvoir y contribuer comme traducteur et d’assurer que l’espéranto contenu dans le film était de bonne facture, avec l’appui de quelques autres espérantistes québécois (Sylvain Auclair, Ĵenja Amis et Tamara Koziej, dont on peut entendre la voix dans le film).
Le travail a consisté d’abord en une traduction des dialogues et autres phrases prononcées dans le film. J’ai aussi aidé les quatre acteurs (deux francophones et deux anglophones, ne parlant pas espéranto) à acquérir une prononciation correcte de l’espéranto. Ma propre voix y a d’ailleurs aussi trouvé sa place ! Le travail, réalisé en plusieurs étapes, fut très enrichissant. Et pour ne rien gâcher, le film est visuellement magnifique ! Je suis donc très satisfait du résultat.
Nous pouvons être fiers qu’une œuvre d’une telle qualité artistique fasse partie (aussi) du patrimoine culturel espérantophone ! Je préfère ne pas trop en dire et laisser les gens découvrir le film par eux-mêmes !
Le film peut actuellement être visionné gratuitement en Europe par l’intermédiaire du site web d’Arte : https://www.arte.tv/fr/videos/128695-000-A/himalia/
Un court entretien avec Clara Milo et Juliette Lossky sur leur projet peut aussi être visionné ici : https://www.arte.tv/fr/videos/130831-000-A/rencontre-avec-clara-milo-et-juliette-lossky/
Pour en savoir plus sur les raisons qui ont poussé les réalisatrices à choisir l’espéranto, je vous encourage à lire l’entrevue que j’ai effectuée avec Clara Milo, publiée fin 2025 (en français et en espéranto) dans Lumo, revue commune de l’Association canadienne d’espéranto et de la Société québécoise d’espéranto (à partir des pages 44 et 49) : https://esperanto.ca/wp-content/uploads/2025/12/Lumo_2025-3-4.pdf
L’article est aussi disponible en format web (en espéranto) ici : https://esperanto.ca/2026/04/03/intervjuo-de-clara-milo/
D’autres choses dont vous souhaiteriez parler ?
Si jamais mes réflexions, sur la langue, la politique ou d’autres sujets intéressent le lectorat d’Espéranto Aktiv’, j’alimente (de façon irrégulière il est vrai) un petit blog, Idées multiples, où je traite de francophonie, de langue, de sujets politiques (« canado-québécois » et « franco-européens » et d’autres réflexions. Il est accessible sur https://ideesmultiples.ca/
J’ajoute qu’il nous fait toujours plaisir de rencontrer les espérantistes de passage au Québec. N’hésitez pas à contacter la SQE si jamais vous avez prévu d’y passer : info@esperanto.qc.ca
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