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Entretien avec Said, le nouveau responsable du siège d’Espéranto-France

Esperanto Aktiv’ : Bonjour Said, depuis quand travailles-tu comme responsable du siège d’Espéranto France ?

JPEG - 283.8 koSaid : Officiellement à partir de janvier 2022. Cependant, avant cela, j’ai collaboré de diverses manières, participé à des événements, donné des conférences au siège, etc. Au cours d’une de ces visites au siège, Susanna, l’ancienne responsable, qui était sur le point de prendre sa retraite, m’a demandé si je voulais travailler à Espéranto-France. Et j’ai accepté. Elle a proposé ma candidature au conseil d’administration, qui a donné son accord.

EA : Quelle est ta première impression après ce nouveau job en France ?

Said : Satisfaction, bien sûr ! En 2018, j’ai commencé à travailler au siège de l’UEA (à Rotterdam) mais, depuis 2021, il n’était plus possible d’y travailler à temps plein et je ne voulais pas être au chômage. Ici, au siège, après plus d’un mois de travail avec Susanna, je me sens chez moi, car ce type de travail ne m’est pas étranger. Je la remercie vraiment, ainsi que les autres bénévoles. Paris ressemble plus à Téhéran qu’à Rotterdam.

EA : Que faisais-tu, avant cela ?

Said : Jusqu’en 2013, j’ai vécu à Téhéran. Mon dernier emploi là-bas était d’enseigner la langue et la littérature persanes dans plusieurs universités de Téhéran. Mais avant de devenir professeur d’université, pour gagner ma vie et étudier, j’ai travaillé comme comptable et administrateur.

EA : Comment as-tu commencé à apprendre l’espéranto ?

Said : En lisant un livre du Dr Saheb-Zamani, dans lequel il présentait l’espéranto. C’était à l’époque de la révolution iranienne, en 1979. Je l’ai gardé dans un coin de ma tête jusqu’à ce qu’au moment où, quelques années plus tard, j’achetai, avec deux amis, une méthode d’auto-apprentissage. Mes deux amis ont fini par abandonner et m’ont donné le livre. Quelques mois plus tard, j’étais capable de correspondre. C’était vers 1984 ou 1985. Ma première lettre fut pour Dagmar Knapova, qui habitait en Tchécoslovaquie, et qui est malheureusement décédé.
Plus tard, j’ai continué en suivant les cours de Ĵila Sedig, alors chef de la délégation de l’UEA en Iran. C’était une très bonne espérantiste et enseignante. Elle m’a beaucoup aidé, et ce, jusqu’à ce que Kontakto publie mes nouvelles. Ma première nouvelle est parue dans Kontakto en janvier-février 1989.

EA : Selon toi, qu’est-ce qui pourrait aider à répandre l’espéranto ?

Said : L’idéal serait que l’espéranto reçoive les faveurs des politiques ou entre dans les écoles. Les deux terrains restent très sporadiquement labourés par nos soins, mais je comprends bien que tout ne dépend pas de notre volonté.
Je pourrais cependant dire que nous devrions tous faire ce qui est en notre pouvoir. Chaque espérantiste devrait utiliser l’espéranto autant que possible dans son domaine. Tous ceux qui me connaissaient m’ont associé à l’espéranto depuis que je suis jeune. Cela veut dire que je n’avais pas honte d’être espérantiste ! Pendant mes études, chaque fois que c’était possible, j’ai choisi une matière liée à l’espéranto. Mon mémoire de maîtrise portait sur la traduction en espéranto de prose et de poésie persanes. Ce n’est certes pas facile de persuader une université classique d’accepter une thèse sur l’espéranto, mais j’ai réussi.
Un autre de mes souhaits est que les espérantistes apprennent tous à parler espéranto, et le parlent bien. Se vanter de parler espéranto tout en ne faisant que le bégayer n’en donne pas une bonne idée. La maîtrise de l’espéranto demande un bon apprentissage et une bonne pratique, même si « l’apprentissage » n’est jamais « facile ».

EA : Et le rôle d’Esperanto-France ?
Said : À la fois historique et contemporain ! Historiquement, la France a connu une époque où sa langue était internationale, interétatique et lingua franca dans de nombreux pays, dont mon pays d’origine, l’Iran, où il était même une deuxième langue obligatoire dans les collèges et universités. Le français est encore parlé dans divers pays.
Les Français sont généralement conscients du problème linguistique. Le rôle actuel de la France est de défendre son image de pays de démocratie. Et aucune démocratie n’est complète sans démocratie linguistique.

EA : As-tu le temps d’explorer la culture espéranto ? Si oui, que conseillerais-tu de lire ou de regarder ?
Said : Après la publication de mon deuxième livre, Antologia skizo de la persa literaturo, j’ai reçu des réactions qui m’on fait ressentir le besoin d’aller plus loin. Par exemple, faire un meilleur dictionnaire, y ajouter les extraits qui manquent dans le livre publié, écrire sur des poètes ou des écrivains qui sont encore confidentiels et qui n’ont pas encore été considérés à l’université, ou encore les traduire. Quand j’ai du temps, je m’intéresse aux anthologies d’œuvres littéraires dans d’autres langues, et j’en ai rassemblé plusieurs. À la maison, avec Marianne, nous parlons en espéranto, souvent sur des sujets qui nous intéressent tous les deux. Nous écrivons et traduisons tous les deux et c’est parfois notre sujet de conversation.
La culture espéranto est en fait une « trans-culture » qui doit s’appuyer sur la « trans-littérature » et cela dépend du nombre de lecteurs et d’œuvres. À mon avis, les deux devraient être encore plus nombreux.

EA : As-tu d’autres informations ou remarques pour conclure ?

Said : L’espéranto appartient aux locomotives, pas aux wagons. L’espéranto n’est pas quelque chose à suivre. Il ne faut pas attendre qu’« on » fasse quelque chose, mais agir soi-même. Nous tous, espérantistes, pouvons faire quelque chose, chacun selon ses capacités.

EA : Merci beaucoup pour ton travail et pour cet échange.

Said : C’était un plaisir.

Transfert de compétences entre Susanna et Said