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Scoutisme et espéranto (partie 2) - Espéranto France
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Découverte

Scoutisme et espéranto (partie 2)

Esperanto-Aktiv’ n° 75 – janvier 2017

Après notre entretien avec les Verdaj Skoltoj dans notre numéro 74 de décembre 2016, nous rencontrons la Ligue des scouts espérantophones (SEL). L’objectif de cette association : enseigner la langue internationale aux scouts. Voici les réponses de deux de ses membres éminents.

Guido Ricci, secrétaire général de la Ligue des scouts espérantophones, nous présente son mouvement.

Je suis un chef scout italien. Maintenant je travaille à Bruxelles et je m’occupe encore de scoutisme international. J’ai connu l’esperanto grâce au scoutisme. Il y a plus que 30 ans, la Ligue des scouts espérantophones (Skolta Esperanto-Ligo, SEL) avait fait paraitre une annonce dans une revue scoute italienne. Un an plus tard, je faisais mon premier voyage en Espérantie, en traversant le Rideau de fer.

Skolta Esperanto-Ligo (logo)

Déjà dans « Éclaireurs », le texte fondateur du scoutisme lord Baden-Powell recommandait aux scouts d’apprendre l’espéranto pour se faire des amis partout dans le monde, et aussi pour avoir une « langue secrète » pour leurs jeux... Mais c’est en 1918 que la SEL est née, à l’initiative d’Alexander William Thomson, un chef scout anglais vétéran de la Grande Guerre. Il avait compris le message de Baden-Powell, que les scouts sont des frères au-delà des frontières et malgré les guerres, mais pour qu’ils soient des éclaireurs de paix, ils doivent pouvoir tisser des liens en temps de paix, pour éviter les guerres et, pour ce faire, la langue internationale était pour Thomson l’outil privilégié.

Le statut prévoit que dans chaque pays où il y a des scouts espérantophones, il y ait un délégué national (Nacia reprezentanto). Les représentants nationaux élisent tous les 4 ans un secrétaire général, un président, un trésorier et un rédacteur pour notre revue La Skolta Mondo. Dans la pratique actuelle, on fonctionne de manière beaucoup plus informelle. La revue, par exemple, est remplacée par un site web (http://skolta.esperanto.cc/eo/) et une page Facebook (www.facebook.com/skoltismo).

Une rencontre se tient dans le cadre de presque chaque Congrès mondial d’UEA et une activité d’information est menée dans les grands rassemblements scouts (les jamborées mondiaux tous les 4 ans, en particulier). Il y a 4 ans, nous avons organisé, avec TEJO, un séminaire pour des activistes à Varsovie, avec une trentaine de participants d’une quinzaine de pays.

L’espéranto et le scoutisme ensemble : que des bonnes choses ! Les affinités entre les deux mouvements sont telles que, s’il y a des contacts et une information réciproque, des bonnes initiatives surgissent naturellement.

Samuel Gaillard, ancien activiste de la Ligue des scouts espérantophones, propose son point de vue.

En 1977, j’avais 18 ans et je suis devenu scout en prononçant la promesse et en créant avec ma sœur un groupe de scoutisme dans l’association française de scoutisme protestant ; notre père était pasteur.

En 1987, je me suis marié et j’ai proposé à mon épouse d’apprendre l’espéranto, comme un loisir pour nous deux. Avec 3 ou 4 séances d’apprentissage au club de Clermont-Ferrand (Auvergne), nous avons compris comment fonctionnait la langue, et elle est devenue une langue habituelle pour notre communication. Nos 3 enfants l’ont donc entendue avant de naître, comprennent maintenant pratiquement tout ce que nous disons et sont capables de s’exprimer « à un premier niveau ». Je ne leur ai jamais fait de cours d’espéranto.

Skolta Esperantista Ligo (SEL) - membrokarto

À mes scouts non plus. Mais je leur parlais très souvent en espéranto et dans tous les aspects de la vie de notre groupe, j’utilisais l’espéranto : les jeux en pleine nature (messages écrits), les repas (phrases fréquentes), les moments spirituels, les chants, les connaissances techniques (campisme, art du feu, travail du bois, orientation, cuisine, etc), la progression personnelle (étapes et brevets), etc. Tout au long du jour et des activités, ils entendaient des mots et des phrases en espéranto « en situation », et parfois ils devaient écrire en espéranto.

Et, bien sûr, j’ai organisé des rencontres avec des scouts étrangers. Pendant des vacances de Pâques, nous sommes allés à Parme, en Italie, pour rencontrer les scouts de cette ville, puis à Gênes où nous avons rencontré Guido. L’été suivant, une délégation de scouts de Parme est venue à notre camp d’été. En 1992, nous sommes allés en Tchéquie (Liberec et Znojmo) avec un groupe de scouts français qui ne connaissaient pas l’espéranto, plus 3 jeunes Hongrois que j’avais invités pour l’occasion. Nous avons rencontré les jeunes du club d’espéranto de Liberec (Bohème) et nous avons passé une semaine ensemble au Skolta Tendaro (« campement scout ») de Znojmo (Moravie). En 1993, des scouts tchèques de Prague et le club de Liberec sont venus participer à notre camp d’été en Auvergne.
En 1994, nous avons participé aux Pays-Bas à une rencontre européenne de scouts avec une Hongroise invitée, et nous sommes passés à Rotterdam pour visiter le siège d’UEA. En 1996, nous campions en Suisse avec deux Hongrois invités et avec deux groupes de scouts suisses qui ne connaissaient pas l’espéranto. En 1997, nous accueillions en Auvergne dans notre camp d’été deux jeunes Russes d’Odessa, avec leur enseignante d’espéranto.

Voilà brièvement résumés 10 ans de scoutisme avec l’espéranto. En septembre 1997, ma situation professionnelle a changé et je n’ai plus pu m’occuper de ce groupe de scoutisme. Mes informations sur les mouvements de scoutisme d’aujourd’hui sont très lacunaires, mais j’ai l’impression qu’en France, il n’y a pas de groupes qui utilisent l’espéranto actuellement.
Pourtant, les bénéfices éducatifs que prône le scoutisme sont grandement améliorés par l’utilisation de la langue internationale. D’abord, parce que c’est s’inscrire un peu plus dans le projet de notre fondateur, Baden-Powell, qui a recommandé l’utilisation de cette langue. Ensuite, parce que l’espéranto est la démonstration concrète de l’article 4 de la loi scoute : « le scout est l’ami de tout le monde et le frère ou la sœur de tout autre scout ». Puis, parce que l’espéranto construit dans la tête de chaque utilisateur la possibilité de dialoguer facilement avec tous et la capacité, même à son insu, de s’habituer aux langues étrangères. Enfin, parce que l’espéranto est une porte ouverte sur la culture planétaire et sur les activités internationales.

Voir notre article « Espéranto et scoutisme » précédemment paru dans le n°43 du Verda Krabo.