Une seconde vie pour nos vieux papiers
Nos archives entrent aux Archives nationales
Le versement aux Archives nationales

Le 28 avril 2026, les Archives nationales ont collecté 91 boîtes totalisant 8,70 mètres d’archives au siège parisien d’Espéranto-France. Ce fonds sera, après le délai nécessaire à son classement, consultable à Pierrefitte-sur-Seine, aussi bien par des chercheurs universitaires que par le grand public.
Ce que contiennent les archives
Ces boîtes contiennent surtout des documents administratifs de la période des années 1960 à 1990, lorsque notre association s’appelait UFE (Union française pour l’espéranto). Hormis la comptabilité, il y a énormément de correspondance interne et externe, des rapports de conseils d’administration (collection incomplète), des rapports de fédérations régionales, des pièces d’organisation de congrès ou d’autres événements comme les semaines culturelles de Pâques à Grésillon (1962-1973). Ces papiers permettent par exemple de suivre cette grande affaire que fut, suite au décès d’Yvonne Paulier (remplacée par Sylvie Bonnet), notre déménagement de la rue de Chabrol en 1973 pour aller nous installer rue de la Cerisaie où nous sommes toujours.
Dans ces boîtes se trouvent aussi des dossiers constitués par ou sur, comme par exemple : VEKO (Varbado-Esplorado-Komisiono), la Commission étude et recrutement organisée par Jean-Louis Texier à partir de 1976 ; SIR (Servo por Informado kaj Rebato), le Service information et réplique tenu par Bernard Léger, avec une quantité incroyable de coupures de presse couvrant surtout les années 1980. Des contacts furent noués avec des personnalités politiques ou publiques, comme Alain Bombard en 1981.

Dossiers, commissions et réseaux
On y trouvera aussi les correspondances scolaires internationales organisées par Andrée Houlgatte et par Thérèse Sabatier, selon les principes éducatifs de Freinet.
Plusieurs boîtes témoignent de nos liens avec l’UEA (Universala Esperanto-Asocio, association mondiale d’espéranto). On y voit par exemple le travail de son CED (Centro de Esploro kaj Dokumentado – le centre de recherche et de documentation) fondé par Ivo Lapenna, sur le problème mondial des langues. Il s’y trouve un rapport marqué ABSOLUTE KONFIDENCA (strictement confidentiel) dans lequel Lapenna explique, au lendemain de son succès diplomatique à Montevideo en 1954, comment il obtint cette reconnaissance de la langue espéranto à l’UNESCO dans un contexte plutôt hostile. Moins extraordinaires : les papiers d’organisation des caravanes pour aller aux U.K. (Universala Kongreso), les congrès mondiaux d’espéranto.
Parcours et figures du mouvement

Les nombreux papiers de Renée Triolle, qui ont transité par le musée de l’espéranto à Gray, nous font suivre son activité, d’abord au sein de JEFO et de TEJO (associations de jeunes espérantistes), puis dans les fédérations espérantistes du Nord et de Provence, où étaient les lycées dans lesquels elle a enseigné, tout cela en parallèle avec telle et telle commission de l’UEA. Rien que du sérieux, mais ceux qui connaissent Renée ne seront pas surpris de découvrir son petit texte « Mia plej multekosta Esperanto-aranĝo ».
De même, les papiers d’André Albault, qui ont aussi transité par Gray, montrent, outre son activité de président de l’association, une famille espérantiste active dans la région de Toulouse, un homme s’intéressant à la pédagogie, à la linguistique et à l’histoire du mouvement, et l’on n’est pas surpris, sachant qu’il était médecin, de lire ses notes au verso de publicités pour des médicaments.
Un éclairage partiel sur l’histoire
Notre association a été fondée en 1898, mais son histoire ancienne est hélas très peu présente dans ces boîtes, où peu de documents datent de l’entre-deux-guerres et aucun d’avant la Première Guerre mondiale. Mais les chercheurs ne seront pas déçus en mettant la main sur un document exceptionnel : le dossier d’apurement des comptes du fameux dixième congrès à Paris en 1914, congrès que le déclenchement de la guerre empêcha. Ce dossier fut établi en 1920 par René Dubois et Jean Balliman. S’y lisent les noms de plusieurs centaines d’inscrits auxquels un remboursement partiel fut consenti, parmi lesquels figurent des Allemands, un fait a priori anormal, car leur argent aurait dû contribuer à payer les dommages de guerre subis par la France.
Des papiers qui ont traversé le temps
Ces documents désormais archivés sont ce qui subsiste d’une énorme activité produite par des gens dont les noms sont oubliés. Ces objets de correspondance, ces imprimés, dont les causes et les conséquences étaient diverses, furent vivants durant les quelques jours de leur rédaction et de leur lecture, puis ils n’ont pas été mis dans une poubelle mais dans une cave, un grenier, un placard chez l’auteur, chez un lecteur. Après des années, ils furent déplacés, et là encore, avec confiance, malgré la hâte ou le désintérêt, on ne les a pas jetés dans une poubelle.
Très mal représentés dans le présent versement : les petits bulletins régionaux et locaux, que nous n’avons pas conservés à La Cerisaie – même nos collections d’Espéranto-Île-de-France et d’Espéranto-Paris sont incomplètes ! Ces petits bulletins illustrent bien le foisonnement d’activité – cours, rencontres… – que les espérantistes, ces idéalistes, vivent en partage. Un appel vous est lancé en ce sens : ne jetez pas les vieux bulletins imprimés de clubs régionaux et locaux d’espéranto, envoyez-les à La Cerisaie !
Projets en cours
Nous possédons d’autres archives que nous comptons verser aussi aux Archives nationales. Il s’agit de fonds plus spécifiques venant de membres d’Espéranto-France.
Nous avons aussi d’autres projets. C’est ainsi que le jour même où fut effectué ce versement, nous avons sollicité auprès d’un autre organisme une subvention pour scanner et mettre en ligne sur Internet quelques milliers de pages que nous espérons offrir en libre accès, et refaire un peu comme pour le voyage à vélo de Lucien Péraire : https://peraire.huma-num.fr/
Comment contribuer
Pour nous donner des archives espérantistes, c’est-à-dire manuscrits, correspondances, rapports, bulletins à petite diffusion : contactez Claire Mousset-Déclas à esperanto.komodo@gmail.com
Pour rejoindre notre petit groupe « ArkivEo » : archives-esperanto@groupes.renater.fr
S’agissant de livres ordinaires, lesquels finiraient par nous encombrer, nous les revendrons comme occasions.
D’autres détails dans les deux précédents numéros du Monde de l’Espéranto : LME-611 et LME-612.
Le groupe ArkivEo.
Dans la même rubrique :
