Article sur l'espéranto dans le quotidien La Croix |
Article paru le 30 janvier 2004 dans le quotidien La Croix, en dernière page de couverture.
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Sans avenir, l'espéranto? Des Français veulent
croire à la « langue internationale »
Ĉu vi parolas esperanto?
Un vendredi de janvier, vers 18 heures. Une dizaine de personnes s'acheminent vers un modeste local associatif du quartier Bastille, à Paris. Le cours va bientôt commencer. Chacun prend place derrière des tables disposées en U, tout en esquissant un «bonsoir» discret à l'attention du professeur, une enseignante de lettres à la retraite. Ici, ni français, ni latin au programme. A cette adresse, on vient apprendre l'espéranto, la seule «langue internationale» qui ait survécu à son inventeur, un médecin polonais mort en 1917.
Arrivés les premiers ce soir-là, Céline et Christol en connaissaient à peine l'existence il y a encore quelques mois. Tout juste en avaient-ils entendu parler. L'espéranto? Une «vieille lune»! Encore une de ces utopies, tombées depuis belle lurette dans l'oubli! Ils n'avaient, somme toute, jamais prêté attention à ce drôle de langage aux consonances latines, tantôt ignoré, tantôt raillé.
Le regard de ce jeune couple parisien a cependant changé un jour de novembre 2002, au cours d'un salon dédié aux amateurs de voyages. «On s'est aperçu que, partout dans le monde, on pouvait aller à la rencontre de la population à travers l'espéranto», explique ainsi Christol, urbaniste de 27 ans, tout en désignant un livret vert posé près de lui.
A l'intérieur de cet annuaire, mis à jour chaque année, 1500 adresses d'espérantistes de tous les pays, prêts à accueillir et à loger quelques nuits tout voyageur, pourvu qu'il sache converser en espéranto. «Quelle meilleure façon de découvrir les habitants d'un pays, leur culture et leur manière de vivre?», renchérit Céline, 25 ans, tout en faisant remarquer que « l'on rencontre à coup sûr des gens aux idées humanistes».
L'« humanisme », voilà bien ce qui lie les amateurs d'espéranto. Chaque semaine à l'Association Espéranto-France, étudiants et retraités, chrétiens fervents et militants anarchistes, viennent apprendre la langue internationale au nom, disent-ils,
d'un certain idéal. «On est là, parce que l'on croit à l'idée d'une langue universelle, surtout à l'heure de l'Europe», confie ainsi Nicolle, 64 ans. Pour leur professeur, Michèle Abada-Simon, il y a même « urgence». «Aujourd'hui, légalité des langues et des citoyens dans l'Union européenne est une fiction.Espéranto-France
à ExpolanguesL'association Espéranto-France (également appelée Union française d'Espéranto) est présente au salon Expolangues, qui se tient à la grande Halle de la Villette, à Paris, jusqu'à ce samedi 31 janvier.
Elle propose par ailleurs des cours d'espéranto le vendredi soir à son local, situé au 4 bis rue' de la Cerisaie dans le 4e arrondissement de Paris. Pour tout renseignement ou d'autres informations sur la «langue universelle», contacter l'association par téléphone au 01.42.78.68.86. ou par mail: esperanto-france@esperanto.org
Vous pouvez également consulter le site internet: www.esperanto-france.orgLe Congrès 2004 de l'espéranto aura lieu du 19 au 24 mai à la Roque d'Anthéron (Bouches-du-Rhône).
Humaniste, globe-trotters...
Apprendre l'espéranto
est un «acte militant».
Les élèves évoquent
«sa neutralité»,
«sa légitimité»,
ou «son apprentissage,
très facile»...
Est-il normal que 600 emplois à la Commission soient, de fait, réservés à des anglophones?» interroge l'enseignante, qui déplore un système «antidémocratique». Sans parler des difficultés pratiques qui se posent au quotidien.
Jean-François, un fonctionnaire français de 37 ans, en a fait l'expérience lors de récentes réunions à Bruxelles. «Les traductions rendent le travail extrêmement fastidieux, quand elles ne sont pas approximatives, regrette ce dernier, qui se souvient avoir entendu le mot «lighter» (briquet en anglais) traduit par... «petite lampe»! «Dans des négociations aussi ardues que celles de la Convention, ajoute Christol, les ambiguïtés linguistiques ont forcément compliqué la tâche des États membres». Céline, quant à elle, est persuadée qu'une langue commune façonnerait cette «identité européenne» qui fait tellement défaut.
Pour les deux globe-trotters, venus là par goût du voyage, apprendre l'espéranto est donc peu à peu «devenu un acte militant». «C'est une cause qui en vaut la peine, estime la jeune femme, enthousiaste: l'espéranto est une solution simple à toutes ces difficultés». Les élèves évoquent ainsi la «neutralité» de l'espéranto, sa «légitimité», son apprentissage «très facile».
«C'est une langue simple, qui fonctionne par un jeu de Légo. Le bovin se dit «Bovo», la vache «Bovino»: la racine est toujours la même, contrairement au français», fait observer Michèle Abada-Simon. « Une langue bien moins élitiste que l'anglais!», note pour sa part Jean-Jérôme, un livreur de 30 ans, tandis que Jean-François, le fonctionnaire rompu aux réunions bruxelloises, précise que cela «n'empêche nullement d'exprimer les nuances».
Entre les murs du petit local, les idées fusent, on s'enthousiasme, on se prend à rêver... avant de revenir à la réalité. « Ce n'est évidemment pas pour demain», convient Christol. L'association Espéranto-France revendique aujourd'hui 1200 adhérents et évalue, sans grande certitude, le nombre de locuteurs de l'espéranto entre «3 et 10 millions» sur la planète. «Même si nous sommes très minoritaires, il faut néanmoins poser la première pierre», estime le jeune homme, qui, en «européen convaincu», n'entend pas rester les bras croisés. Aux élections européennes de juin prochain, il sera candidat sur une liste, présentée en Ile-de-France, déjà intitulée «Europe, Démocratie, Espéranto».
MARINE LAMOUREUX
Espéranto-France est une association loi 1901 à but non lucratif, agréée par le Ministère de la Jeunesse et
des sports, regroupant des associations régionales et spécialisées pour la promotion de l'espéranto et
affiliée à UEA, l'Association Mondiale d'Espéranto (www.uea.org), qui est en relations consultatives avec
l'UNESCO.
Site : www.esperanto-france.org
Adresse : 4bis, rue de la Cerisaie 75004 PARIS - Tel : 01.42.78.68.86 - Fax : 01.42.78.08.47
| Dernière mise à jour le 2004-01-30 |
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